Départ

3 avril 2010

La flammèche du briquet illumine la semi-obscurité de la chambre, seulement éclairée par les néons bleuâtres de l’épicerie d’en face et le lampadaire accolé à l’immeuble. Ces lumières bleues et blanches projetées sur le lit tranchent avec les ombres de minuit qui sonne à peine.
Le rougeoiement nerveux de la cigarette prend le relais de la flamme orangée du briquet. Première bouffée. Toujours la meilleure.
Assis au bord du lit, nu comme un ver, il tourne la tête pour distinguer la jambe de sa compagne, noyée sous les draps froissés. Elle fait doucement glisser son genou sur le matelas pour le stabiliser à hauteur de sa hanche. Elle s’impose dans le lit, comme d’habitude…
La respiration de la femme redevient enfin normale. L’orgasme réveille parfois ses problèmes d’asthme, largement compensés par le trop-plein de plaisir pendant l’acte.
La cigarette se consume doucement dans le silence rassurant de ces deux respirations heureuses.

Depuis quand n’avaient-ils plus fait l’amour comme des sauvages ? Comme ce soir ? Leurs corps enchevêtrés n’avaient plus été si proches depuis des jours entiers. Et ne parlons même pas des nuits…

Elle avait hurlé son prénom tandis qu’elle le chevauchait, avec tant de violence qu’il crut un instant sentir son pénis turgescent se détacher de son bassin. Haletante, elle s’était ensuite effondrée de tout son long à son côté pour lui susurrer ces mots à l’oreille : « Excuse-moi pour tout à l’heure, j’ai été conne de réagir comme ça. »
Elle s’était endormie presque immédiatement après, et il en avait profité pour contempler son corps pâle dans la lueur des néons. Étendue là, les cheveux en désordre, une main sous l’oreiller sur lequel sa tête reposait, comme abandonnée à des songes merveilleux, elle avait l’air si belle qu’il se demanda un instant s’il n’allait pas la réveiller pour lui refaire violemment l’amour, pour la prendre en levrette contre le mur, la position qu’elle préférait.
Mais, en contemplant ses formes épousées de si près par les draps laiteux, son regard se posa sur les pilules, nonchalamment posées sur la table de chevet. La source de la dispute de ce soir… L’espace d’un instant, il voulut prendre la boîte et vérifier les contraceptifs, mais il savait au fond de lui qu’il ne comprendrait rien à ce curieux décompte.
Tout comme il n’avait finalement jamais compris sa moitié. Pourquoi vouloir gâcher leur petit bonheur quotidien avec un enfant ? Pourquoi maintenant, quand tout allait bien ? Il agrippa machinalement son paquet de cigarettes et en sortit une nouvelle. Le temps de la réflexion, celui de trouver son briquet et d’allumer ce concentré de mort lente qui le calmerait peut-être…

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Catégories : Nouvelles

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