Outillage

29 septembre 2012

— On reprend. Tu veux un autre café ?
— Non, si j’en prends plus, je deviens nerveux.
— Et on a compris que ça craint, hein ? Ça t’a déjà mis assez dans la panade, non ?
— Je sais pas, qu’est-ce que je risque ?
— Quelques mois fermes, en fonction de la défense. D’ailleurs, le motif : pourquoi tu l’as frappé ?
— Il est passé devant moi dans la file à la préfecture.
— Et ?
— …
— C’est tout ? Pour une file d’attente, tu as envoyé un fonctionnaire de police à l’hosto ?
— Il a manqué de respect à tout le monde. Il y avait une vieille arménienne devant moi, qui a fondu en larmes parce qu’elle n’osait rien dire. Trois personnes qu’il a pris pour des moins que rien.
— Écoute, en théorie, je trouve ça bien, de réagir. Mais là… Il a cinq côtes cassées, une épaule déboîtée, et on parle même pas des bleus. Tu trouves pas que tu as abusé ? En plus, c’est pas ta première condamnation.
— Je suis un type gentil, faut pas me chercher, c’est tout.
— Mouais, ils disent tous ça. En dix ans, quatre fois du sursis pour coups et blessures, même en cas de légitime défense, ça ne tiendra pas devant un juge. Cette fois-ci, tu plonges.
— …
— Tu pourrais au moins nous dire pourquoi tu réagis comme ça ?
— C’est un problème d’outil.
— Quoi ?! T’es hors-sujet, là…
— Pas tellement. Vous voyez, quand j’étais plus jeune, au quartier, ça castagnait dur. On devait se défendre, par habitude. Et maintenant, les outils sont là : les réactions, les réflexes, les techniques. Ça part tout seul, des fois. Et quand on n’est équipé que d’un marteau, on a tendance à traiter tous les problèmes comme des clous…

Catégories : Petits Riens

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