Comme un fou, comme un soldat, comme une star de cinéma…

9 juin 2012

Dans le meilleur des mondes, l’utopie voudrait qu’il n’y ait plus besoin d’armées, ni de bidasses. Frissons. Que ferait-on alors de nos tarés, de nos patriotes, de nos militaristes (je n’ai pas dit qu’il n’y avait que ça dans nos armées modernes) ? À quoi seraient-ils occupés ?

Le net a exhumé une photo, aux alentours de l’anniversaire du débarquement de Normandie : des soldats britanniques sautant à bas de navires de transport et chargeant une plage… Menés par un officier portant une épée écossaise !

L’image surprend, fait rire, intrigue. Ce taré a-t-il survécu ? Qui était-il ?

Ce type, c’était « Fighting Jack Churchill ». Passons sa jeunesse à Hong Kong, son service militaire à Burma dans le Manchester Regiment, son emploi d’éditeur dans un journal.

Sa vraie légende commença en 1939, année où il signa chez les commandos, par goût du risque et sans trop savoir à quoi tout ça consistait. En mai 1940, près de l’Épinette (France), il lança le signal d’attaque de son unité en tuant le Feldwebel (sergent allemand) ennemi. Avec un arc et des flèches barbelées…

Après ce fait d’armes unique (il fut le seul soldat de la seconde guerre mondiale à tuer avec ce type d’arme anachronique), vint le raid norvégien du 27 décembre 1941 sur Dunkirk, où fut prise cette fameuse photo. Après être arrivé sur la plage, il sangla sa large épée sur son dos et courut vers l’ennemi en jouant de la cornemuse, puis lança une grenade dans le tas avant de rejoindre la bataille au corps à corps. Pour ses actions, il reçut la Croix et la Barre Militaires.

Après la Sicile en 1943 (où il fit prisonnier 42 Allemands avec ses 40 commandos), il reçut la Distinguished Service Order. Deux fois.

En Yougoslavie en 1944, il soutient les troupes de Tito. Les 1500 partisans yougoslaves s’étant dégonflés, il partit à l’assaut de l’île de Braç avec ses 43 commandos, au son de la cornemuse. Ils ne furent que 7 à atteindre l’objectif. Un mortier s’abattit sur eux alors que « Fighting Jack » jouait « Will Ye No Come Back Again? ». Tombé inconscient, il fut capturé avec quelques compatriotes blessés et envoyé à Berlin pour interrogatoire. Transféré de camps de concentration en camps de prisonniers, il fut libéré lors du retrait SS sur Berlin en 1945. Il rejoignit l’Italie et les troupes américaines après 150 km de marche à pied.

Le front européen ayant été consolidé, il fut envoyé à Burma pour contrer le Japon. Il n’eut pas le temps d’arriver que la bombe A était lancée et que la guerre se terminait. Ses paroles ? « Sans ces foutus Yankees, nous aurions encore pu continuer cette guerre pendant encore au moins 10 ans ».

En 1946, il apparut dans le film Ivanhoé, avant de retourner au front à Jérusalem, où lui et 12 de ses hommes sécurisèrent un convoi médical et évacuèrent plus de 700 juifs lors de massacres.

Instructeur martial en Australie, il se passionna pour le surf et fut le premier à s’attaquer aux vagues de plus de cinq pieds de la Severn, une fois de retour en Grande-Bretagne.

En retraite, il surprenait son monde dans le train qui le ramenait chez lui chaque jour : il avait pris l’habitude de jeter son attaché-case par la fenêtre du wagon. Il expliqua qu’il visait chaque jour son propre jardin, car il n’avait aucune envie de trimbaler ses affaires à pied de la gare jusque chez lui. Il y a fort à parier qu’il se serait jeté aussi si les fenêtres avaient été assez grandes…

Il fut surtout connu pour cette citation : « tout officier partant au combat sans son épée n’est pas armé de façon adéquate ».

Sa carrière s’arrêta au rang de lieutenant-colonel.

« Mad Jack » était peut-être un fou de guerre. « Fighting Jack Churchill », avec son lot de décorations et ses faits d’armes, était assurément un héros. Peut-être inspire-t-il certaines personnes dans nos armées contemporaines ?

Mais… S’il était né en Allemagne en 1906 ? S’il s’était battu sous les ordres du régime nazi ? Que serait-il, à nos yeux ? Aurait-il moins le droit d’être héroïque ?

Pour tous les oubliés.

Lieutenant-colonel John Malcolm Thorpe Fleming « Jack » Churchill
(16 septembre 1906 – 8 mars 1996)
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/51/Jackchurchill.jpg

Ah, et si vous pensez que ce genre de gars n’existe pas, (notamment parce qu’on n’a jamais entendu parler de lui en France), jetez un œil sur la page Wiki, qui résume bien sa vie.

Catégories : Biographies

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