Réseau asocial

17 mars 2012

Je ne suis pas un type bien. Mes amis ont l’air de croire l’inverse. Le fait que je n’essaye pas de les persuader du contraire tendrait d’ailleurs à prouver ce fait. Il faut bien que je l’avoue à quelqu’un : je n’aime pas les gens. Voilà. C’est fait.

C’est bête, mais je ne me sens même pas mieux. Aucun soulagement, le problème n’a pas disparu à son énonciation. Et en plus, maintenant, je passe pour un misanthrope. Ce que je suis finalement loin d’être, puisque je suis assez bien entouré dans la vie.

À force d’apprendre à connaître des gens (de tous horizons), j’ai commencé à rationaliser plusieurs typologies comportementales, déclinées en plusieurs attitudes, actions ou inactions possibles. Je ne suis pas psy et je ne vais pas vous vendre une méthode, rassurez-vous. Cette simplification n’a jamais été infaillible, mais la vérité n’était pas si souvent ailleurs. Et maintenant que j’ai rencontré nombre d’amis, de crétins, de clients, de connards, de gens biens… Voilà que, à chaque nouvelle rencontre, je ne peux m’empêcher de penser à quelqu’un que je connais déjà (cet individu représentant souvent la variation la plus marquante d’un comportement donné).

Depuis quelque temps, je rencontre des « copies de… ». Outre l’intérêt indéniable pour la mémétique (cf cet article), les thèses confortant la manipulation médiatique et l’universalisme de la mondialisation, j’avoue que ça m’ennuie.

L’impression d’avoir déjà rencontré un type de personnes me pousse à me dire : « Et ? C’est tout ? ». Je croyais que l’humain était plus complexe, plus original, et un peu plus intéressant. Je suis déçu. Alors je m’interroge. L’être humain se protège-t-il lors de toutes ses nouvelles rencontres ? Garde-t-il toujours sur lui un fard de normalité, un masque de prévisibilité, une perruque de lieux communs ? Si oui, alors il n’a pas de bol, car je ne l’aimerai pas, le trouverai sans saveur, peut-être même le traiterai-je de ramolli du bulbe à l’encéphalogramme aussi plat que la Flandre. C’est dire si je suis méchant… Plus sûrement m’en irai-je dépité, après avoir essayé de creuser ce vernis de super-normalité, ce dégueulis rythmique de pensées fades.

Le pire pour moi sont les lieux publics : supermarchés, endroits à la mode, stades (vous ne m’y verrez jamais), concerts. Je me rappelle d’une citation attribuée à François Rollin : « Le quotient intellectuel d’un groupe est égal au quotient intellectuel de la personne la moins intelligente du groupe, divisé par le nombre de membres du groupe ». Au-delà de trois personnes, on perd donc beaucoup en qualité. D’où mon besoin vital d’éviter les gens, afin de ne pas atteindre le niveau de réflexion d’une truite lobotomisée.

Je me laisse cependant aller certaines fois vers une certaine déliquescence intellectuelle. Nous ne sommes après tout qu’humains, et favorisons souvent la voie la plus facile. À cause de l’alcool (ou de la belle poitrine de ma voisine d’en face, parfois), il peut m’arriver de discuter avec des inconnus. Mais bordel, qu’est-ce que je le vis mal ! Un peu comme quand on a entamé un régime draconien et qu’on finit sans s’en rendre compte le gâteau au chocolat. Le pire est quand cette culpabilité arrive en direct, avec effet gueule de bois immédiat, doublée de l’irrépressible envie de gifler la ou les personnes qui vous ont acculé à de telles platitudes.

Mais qu’on ne se méprenne pas, je ne tends pas au snobisme. Je cherche l’originalité, l’indépendance de la pensée. Pas forcément de la voltige philosophique mais quelque chose de réel ; j’aurais par exemple plus de respect pour un fasciste convaincu capable d’argumenter, que pour un énième écolo mainstream et hipster. Mais lorsque je tombe sur deux individus raisonnant pareil, tout en ayant subi des parcours de pensée différents, je jubile ! Mais les longueurs d’ondes identiques restent rares dans ce monde qui communique trop, et sur tout.

Et quant à ceux que je supporte avec joie, qui font partie de mon entourage, et que je suis à chaque fois ravi de revoir… Je ne sais pas si c’est parce qu’ils sont si spéciaux que je les aime, ou si c’est parce que je les aime qu’ils sont si formidables, en tous cas à mes yeux.

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