Le Grand Pardon

7 mai 2011

Je pardonne à ma grand-mère de ne pas se rappeler de moi.

Je pardonne aux stagiaires de tout savoir par avance.

Je pardonne à mon ancien PDG de m’avoir fait travailler tout un été sur le budget 2009 pour finalement me pousser vers la porte une fois la crise confirmée.

Je pardonne à ma voisine de miauler trop fort en écoutant du Mariah Carey à fond les ballons.

Je pardonne à mon vieil entraîneur de basket de m’avoir fait jouer remplaçant jusqu’à ce qu’il n’y ait plus assez de titulaires.

Je pardonne à décembre la puanteur du vin chaud.

Je pardonne aux politicards leur course effrénée pour le pouvoir.

Je pardonne à ma jolie collègue de m’avoir délaissé alors que cet ascenseur aurait pu devenir notre tombeau.

Je pardonne au réparateur d’ascenseur d’intervenir beaucoup plus vite qu’on ne le dit.

Je pardonne au mobile de ma compagne d’afficher trop souvent à mon goût le numéro de son ex.

Je pardonne à Clint Eastwood et à Bruce Willis de faire passer tous les autres hommes pour des petites frappes.

Je pardonne à mon courage de faire parfois défaut.

Je pardonne à mon honneur de ne pas être entièrement sauf.

Je pardonne aux oies blanches de titiller les vieux démons.

Je pardonne à ceux qui prennent mon honneur et mes valeurs pour une serpillère.

Je pardonne à mon garagiste d’être un voleur légal et de me soutirer de l’argent pour rien, avec le sourire.

Je pardonne à tous ceux qui ont provoqué ma colère et ont déchaîné mes poings, par défi ou stupidité, pendant ces vingt-huit dernières années.

Je pardonne à ma boulangère de demander systématiquement « et avec ça ? » à chaque fois que je viens prendre une baguette.

Je pardonne à mon héritage de se faire attendre.

Je pardonne à mes amis qui me prennent pour un alcoolique dépressif désabusé et cynique.

Je pardonne à mon père de répéter « la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre ».

Je pardonne aux éditeurs de ne pas vouloir de mes manuscrits.

Je pardonne à ceux qui n’aiment pas le rap quand ils affirment que ce n’est pas de la musique.

Je pardonne à ce café d’être imbuvable.

Je pardonne à mon avocat d’apprécier ma compagnie à un taux horaire supérieur à celui du garagiste cité précédemment.

Je pardonne à mon médecin de ne jamais rien me trouver.

Je pardonne à ceux qui font des plaisanteries douteuses sur ma Harley et le monde des bikers.

Je pardonne à mon banquier de trouver que je devrais gagner plus, à mon âge.

Je pardonne à tous ceux qui veulent me la faire à l’envers, mais que je vois venir à des kilomètres.

Je pardonne à mes pintes de bière de n’être jamais assez pleines pour étancher ma soif.

Je pardonne au royaume des cieux de n’être qu’à eux.

Je pardonne à tous les lecteurs de ces lignes qui pensent que ce que je fais est nul, mais qui continuent à lire malgré tout.

Je pardonne par avance tous ceux qui feront des commentaires censés énerver l’auteur à la suite de cette note.

Il n’y en a qu’un seul que je n’arriverai sans doute jamais à pardonner.
Mais pour tout ce que j’ai provoqué et provoquerai encore, je pense que je le mérite.

one comment

  1. superbe article !!
    et c’est bien vrai tout ça ………..

    anne sophie, 2 mai 2013

Leave a comment