Au Bistrot…

20 novembre 2010

« Comment va la vie ? »

« Mh. Moyen. Et toi ? »

« Beaucoup trop de boulot. Comme d’habitude, tu me diras. Mais là, c’est pire. Ils font vraiment n’importe quoi, tu sais ?! »

« À qui la faute ? Depuis que le Boss s’est tiré, c’est un vrai merdier, ils veulent tout, tout de suite. Je croule sous les demandes, j’ai la tête sous l’eau. »

« Ouais, avant, ils savaient ce qu’il leur en coûtait de venir te voir pour un marché. Y’a plus de respect, vraiment. »

« Tu parles. Toi, ils te respectent, au moins. »

« Non, je les terrifie, c’est pas pareil. Et ça, c’est chiant dans le taf. Non parce qu’avant, il y avait un but, un espoir, mais depuis qu’ils n’y croient plus, ils savent bien que je suis le point final. Et moi ça me fout par terre, je peux même plus leur donner de réponse. »

« Mouais. Je vais te dire, c’est à moi qu’ils foutent la pétoche, les mecs. Non mais des fois, je me demande à quoi ils pensent. »

« Du genre ? »

« Genre si je les laissais faire, on en serait au moins à la trentième guerre mondiale, et je suis pas sûr qu’il resterait quelqu’un pour en causer. »

« Ah ? Donc tu écrèmes. Bah, je m’en doutais. De toutes façons, avec ta tonne de travail… Et tu fais comment, si c’est pas indiscret ? »

« Je sélectionne. Souvent la vengeance personnelle. Ils sont prêts à plein de choses pour avoir des clopinettes. Et sinon, je trie par extraction sociale. ENA, HEC, les grandes écoles, quoi. Ils sont généralement moins enclins à faire n’importe quoi avec ce que je leur donne. »

« Toujours protéger son investissement… »

« Règle numéro un du business, oui. Non mais des fois, j’ai envie de tout lâcher. En plus du boulot, faut que je trouve de la place en bas, c’est lourd. Complètement surpeuplé, je sais plus où les parquer, à force. Tu sais, je crois que c’est parce qu’ils ont trop peur de toi, qu’ils croient vivre mieux en cramant la chandelle par les deux bouts. »

« Non, leur conscience d’eux-mêmes est plutôt la fautive. Et, pour le coup, tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même. C’est toi qui les as voulu indépendants. »

« Oui, mais c’était une idée du Boss, ça ! J’ai fait qu’exécuter, moi ! »

« Comme d’habitude… »

« Hé, ça va, hein. N’empêche que c’est après ça qu’il s’est tiré. »

« Il a peut-être pensé que ni nous ni eux n’avaient plus besoin de lui ? »

« Ouais, ben j’aimerais parfois qu’il revienne, hein, juste pour faire le ménage. »

« Tu sais très bien qu’il commencerait par toi. »

« Ouais… Bon, ma chopine est vide, je me tire. À plus, la Mort. »

« À plus, Satan. »

Catégories : Nouvelles  Petits Riens

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