Grisages 5

23 octobre 2010

Ils disent dans mon dos que je suis un bourrin, un ours. Ha !
Ils croient être discrets, mais je sens leurs regards méprisants, j’entends parfois leurs chuchotements dans mon dos. Tout ça parce que je ne parle pas. Qu’est-ce qu’ils croient ? Que je vais leur raconter ma vie pour un cornet de marrons à 2 euros ?

Ça fait quarante ans que je suis derrière cette espèce de locomotive brune, quarante ans que je me prends cette saloperie de gaz carbonique et d’acétylène dans le pif, quarante ans d’engelures, aussi. Avec un boulot pareil, vous auriez envie d’être joyeux, vous ?

« J’espère que vous me servirez mieux que la dernière fois. J’avais trouvé trois marrons pourris dans mon cornet. »
Comme s’il n’y avait pas toujours trois marrons pourris dans le lot !

« J’en voudrais des gros, bien farineux ! »
C’est ça. Et l’autre en voudra des petits, bien croustillants. Il fut un temps, j’essayais de contenter tout le monde. Plus la force.

Je ne prends plus que des moyens, ni trop durs, ni trop mous. Ça fait moins de pertes.

C’est pas moi, hein, c’est la clientèle qui m’a poussé à faire ça, à force de me demander des trucs débiles. Et ouais… Pour avoir la paix dans son boulot, on est souvent amené à faire de la merde.

[Librement inspiré d’une partie de la nouvelle « Heissi Marrone« , de Germain Müller]

2 comments

  1. Il faudra que j’aille lire cette nouvelle de ce cher Germain !
    Sinon, 2è paragraphe, il manque « ans » ;)

    Arfy, 23 octobre 2010
  2. L’énorme erreur est corrigée.
    Merci Arfy !

    Pierre

    Pierre Carmody, 23 octobre 2010

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