Left 2 Die

9 octobre 2010

« Ils ne vous ont pas rattrapé ? »

« Non, ils étaient bien trop lents. Souvent je me suis retourné pour les observer. Ils marchaient en rangs serrés, leurs déambulateurs grinçant dans la nuit, leurs poches d’urine accrochées au ventre, en chemises de nuit tâchées ou en vêtements de jardinage. Vous savez que ces machins ne dorment quasiment plus ? Ou peut-être qu’ils dorment tout le temps à moitié, je ne sais pas. Donc, j’ai couru, ils me suivaient à la trace. Et je suis arrivé à la safe house. »

« À la quoi ? »

« La safe house, une maison sûre et protégée. Il y en a toujours une dans les films de zombis. Là, elle était en plomb, blindée au niveau des murs et des fenêtres. Je suis entré et j’ai jeté mes béquilles dans un coin, pensant récupérer une vraie arme. Une machette, une hache, n’importe quoi qui me permette de décapiter ces vieux. Et c’est là que je les ai vus. »

« Les vieux zombis ? »

« Non. Les Musclés. Ils étaient en train de faire une dédicace de leurs vieux disques  dans la safe house. Je me suis approché pour voir, et il y avait une foule de vieux qui faisaient la queue à l’intérieur. Ils étaient déjà dedans ! Ce n’était pas du tout une safe house ! On entendait de la musique naze en arrière-plan, c’était la Merguez Party. Effroyable. Mais il y a eu pire. J’avais mon carnet de dédicaces sur moi, sinon je n’aurais jamais pu faire la queue avec les autres et me fondre dans la masse. Bernard Minet a essayé de s’en emparer pour me faire un autographe. Mais il ne me restait qu’une page, et je voulais que ce soit Framboisier qui la signe. René était là aussi, mort, allongé sur une table en arrière-plan. Bernard Minet commençait vraiment à me chauffer, là, il gueulait « Aiiiiime-moi aussiiii » par-dessus le générique de Nicky Larson. Je lui ai collé une grosse taloche qui l’a envoyé rouler contre une armoire normande. L’armoire lui est tombée dessus et tous les vieux se sont retournés vers moi en hurlant. J’ai été attrapé de tous les côtés et me suis effondré, assommé. Je crois qu’on m’a frappé avec un pot de chambre en métal, sûrement un objet à faire dédicacer. C’est là que je me suis réveillé. »

« D’accord, je vois. Et ensuite, vous êtes sorti de chez vous, en slip, à six heures du matin, êtes entré dans un hospice et avez battu à mort six personnes âgées, en chantant la « Fête au Village » avec un tourne-disque et des vieux vinyles des Musclés sous le bras… »

« C’est tout à fait exact. Mais n’importe qui aurait fait pareil à ma place, non ? Je n’ai fait que mon devoir de citoyen. De toutes façons, c’étaient eux ou moi. »

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Catégories : Nouvelles  Petits Riens

3 comments

  1. Y’a plus qu’à envoyer ça à Simon Pegg pour « Shaun of the Dead 2 : terreur à la maison de retraite » :)

    Julien, 9 octobre 2010
  2. Et pourquoi pas à Danny Boyle pour un 28 poches plus tard ? :)

    .D

    DAX, 9 octobre 2010
  3. Même si ce texte ferait un excellent scénario de Nanar à la française, je pense plutôt garder ce texte pour nous, égoïstement. La Warner n’aura pas nos Musclés !

    En tous cas, merci pour vos commentaires, drôles de surcroît. :)

    Pierre

    Pierre Carmody, 12 octobre 2010

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