L’Enquête 1

11 septembre 2010

La pluie tombait en abondance sur le pavé gris des rues du Berceau. Un après-midi à ne pas traîner dehors, tant le ciel était plombé de nuages qui n’annonçaient pas de sitôt une potentielle accalmie. Des chats, impassibles gardiens paresseusement couchés sous des abris de fortune, observaient les rares passants.

L’elfe encapuchonné qui trottinait vaguement entre les gouttes savait bien que son métier, lui, n’attendait pas. Il avait choisi un métier qui ne s’arrêterait jamais vraiment : peu importe l’heure du jour ou de la nuit, peu importe le temps qu’il faisait, il se devait d’être présent. En remontant une ruelle vide, il entr’aperçut à l’intérieur d’une taverne un groupe de maçons, dont certains vivaient dans son voisinage. L’espace d’un instant, il s’avoua qu’il aurait peut-être préféré, aujourd’hui, être parmi eux : finissant plus tôt leur journée de travail à cause des intempéries, se rinçant le gosier à l’aide d’une bière brune fraîche, entourés d’amis qui ne se méfiaient pas d’eux… Ils étaient chanceux d’être là et l’elfe, toujours plus morose, se demanda s’ils en étaient conscients. Perdu dans ses pensées, il ne remarqua même pas qu’il avait dépassé sa destination de presque cent mètres.

De grosses gouttes coulèrent dans son col lorsqu’il secoua la tête, de dépit : il savait qu’il n’y couperait pas, cette fois-ci. Ce serait sa première, et le capitaine ne le ménagerait pas. L’elfe s’était déjà défilé une fois, prétextant un soudain malaise. La même excuse ne passerait pas une seconde fois. En attendant, la gorge serrée, il poussa la grande porte de chêne ouvragé du bâtiment. La sentinelle n’était pas à son poste. Il entra dans le vestibule, mouilla une grosse superficie de parquet, manqua de glisser et s’étaler lorsqu’il referma la porte. Il trouva là, derrière lui, le garde qui aurait du se tenir devant l’entrée. Lui aussi s’était mis au sec. Il lui semblait maintenant que toute la ville sauf lui avait eu le réflexe de s’abriter. Les deux hommes d’armes échangèrent un regard de quelques secondes. L’humain afficha un rictus légèrement moqueur en raclant son fourreau contre sa cotte de mailles. L’elfe ne s’en émut pas : il était habitué au traitement méprisant réservé à la bleusaille. Il se contenta d’ôter sa cape dégoulinante et de l’accrocher dignement à une patère. Il s’avança pour dépasser le garde en faction, quand celui-ci l’arrêta de la main et lui annonça d’un ton victorieux :
« Le capitaine t’attend à la cave. Je crois qu’il veut te montrer quelque chose. J’espère que t’as pas encore mangé… Ce serait bête de gâcher… »

L’elfe ne répondit pas. Il savait parfaitement ce qui l’attendait. La nouvelle avait circulé rapidement et il se doutait bien que la prochaine affaire de ce calibre serait pour sa pomme. Il descendit lentement les marches, ne pouvant se retenir de craindre ce qu’il allait trouver là en bas.

La première chose qu’il discerna lorsqu’il poussa la lourde porte de fer au bas de l’escalier, fut une vision familière : un vieil Ork de dos, ses longs cheveux gris-blancs cascadant dans sa nuque jusqu’à hauteur d’épaules. Malgré son âge, l’énergumène restait fort comme un bœuf. Sa tignasse un peu raide se confondait presque entièrement avec sa cape immaculée, signe indiscutable de sa position de gradé. Peut-être qu’un jour…

«  Hé bien, Taelhien ! Qu’attendais-tu ? »

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  1. […] [Suite de l'épisode précédent] […]

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