Mémoires de glace 3

31 juillet 2010

Roulant sur le côté, il empoigna ses armes, jeta son bras et lança. Le fer frappa le plexus du plus petit des deux. Il mourut instantanément, rejeté dans les flammes, avec dans ses yeux un air ahuri.
Il courut vers le second, qui cherchait de quelle direction pouvait venir l’attaque. Les bruits de pas rapides l’aidèrent et l’ennemi pivota, sa pelle tenue comme un bâton. Le bois craqua. La pelle était trop lente. Deux battements de cœur plus tard, le guerrier retirait sa lance de la gorge du deuxième homme.

Le combat avait dû être plus bruyant qu’il n’aurait cru, car cinq silhouettes armées couraient vers lui, uniquement visibles dans la nuit grâce au rougeoiement des cendres jonchant le sol. Ils l’avaient entendu, il ne pourrait pas refaire le mort.
Alors il décida de fuir.

Il longea pendant quelques dizaines un mur de flammes. Il entendait depuis quelques secondes des coups répétés de l’autre côté du feu. Un craquement. Il leva les yeux, se jeta de côté.

Un grand arbre vint se fracasser en travers des flammes, séparant ces dernières pour laisser apparaître un chemin. D’autres silhouettes coururent sur le tronc, vers sa direction. Le groupe de cinq le rattrapait, il était encore au sol, fini, à bout de forces.

Il reconnut soudain le Sénoufo à la cheville foulée, s’aidant d’un bâton pour marcher, flanqué des deux croisés du capitaine, portant chacun une hache. Eux aussi avaient souffert du feu.
Le guerrier hurlant dans la direction des cinq, le Sénoufo fit pivoter son arc et le banda. On n’entendit rien d’autre que des impacts mous.

Trois hommes venaient de s’effondrer, raides morts. Les deux restants prirent la fuite. Le Sénoufo ne dit rien, mais s’approcha, visiblement exténué et dit :
« Ne me remercie pas. Je ne suis qu’un insecte à tes yeux ! »

Le Malinké et le Sénoufo éclatèrent de rire devant les croisés, qui durent les prendre pour fous. Hier, ils étaient ennemis, aujourd’hui ils avaient combattu du même côté. Des vétérans. Seuls eux savaient ce qu’ils avaient vécu, et personne ne leur demanderait de le raconter. Ils avaient tué, ils étaient vivants. Plus rien ne pourrait les séparer.

Ils étaient devenus de vrais soldats.

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Catégories : Nouvelles

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