Mémoires de glace 3

31 juillet 2010

Son voisin de gauche s’effondra, une flèche plantée dans l’œil. Cet abruti avait laissé tomber son bouclier dans leur course effrénée pour contourner l’incendie. Il haussa les épaules et ramassa la lance du mort. Elle pourrait toujours servir. Tape-bois était bon musicien, un drôle de type qui faisait rire tout le monde, mais au combat, il laissait un peu à désirer.

Les cris étaient omniprésents, mais il n’y avait aucun moyen de savoir si ceux-ci étaient amis ou ennemis. Ils avaient couru de longues minutes, et il était maintenant clair pour le seul lancier survivant qu’il était encerclé par les flammes.

L’assaut s’était mal passé : une volée de flèches enflammées avait accueilli l’attaque. La brousse asséchée par des semaines sans pluie s’était instantanément embrasée. La colonne avait été séparée en plusieurs petits groupes fuyant le feu, coupés de leur commandement et complètement paniqués.
Le feu et le tir continu d’archers avaient décimé ses compagnons. Il était maintenant seul, et serai bientôt mort. L’idée ne l’attrista que parce qu’il mourrait enfumé, ou brûlé, et non au combat. C’est pour cela qu’il avait signé, pour cela qu’il s’était préparé. Pour se battre, pas courir en ronds. Au moins, Tape-Bois était mort en soldat. Sans l’avoir trop mérité, finalement.
Il s’assit sur la terre calcinée en ricanant : ils avaient aussi dû perdre des hommes en face. Maîtriser un feu de brousse était selon lui totalement impossible. Une folie Rien d’autre à faire qu’attendre.

Il regarda les étoiles mais ne vit que les flammes.
Il ne pensa pas au nouveau Dieu de paix et d’amour pour lequel il se battait, et mourrait sûrement cette nuit. Il n’était maintenant plus si sûr de vouloir le rejoindre.
Il entendit du bruit, à quelques mètres, et décida de se coucher sur le côté, pour ne pas être vu. Il fit le mort, ses lances soigneusement posées à portée de la main.

Deux hommes, avec des… pelles. Ils étouffaient le feu avec de la terre, frappaient parfois le sol pour isoler les flammes. Ils chantaient à mi-voix, pour se donner du courage et marquer la cadence. Il reconnut le chant, et donc leur camp. Une vieille litanie shamane. Combien de temps s’était écoulé depuis le début de l’assaut ? Si l’ennemi éteignait le feu, il n’avait donc plus aucun espoir de retrouver ses compagnons vivants. La colère monta en lui. Il les vit approcher, dégager un passage dans sa direction. Ils ne l’avaient pas encore vu. Tant mieux.

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Catégories : Nouvelles

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