Mémoires de glace 3

31 juillet 2010

Son voisin de gauche s’effondra, une flèche plantée dans l’œil. Cet abruti avait laissé tomber son bouclier dans leur course effrénée pour contourner l’incendie. Il haussa les épaules et ramassa la lance du mort. Elle pourrait toujours servir. Tape-bois était bon musicien, un drôle de type qui faisait rire tout le monde, mais au combat, il laissait un peu à désirer.

Les cris étaient omniprésents, mais il n’y avait aucun moyen de savoir si ceux-ci étaient amis ou ennemis. Ils avaient couru de longues minutes, et il était maintenant clair pour le seul lancier survivant qu’il était encerclé par les flammes.

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Catégories : Nouvelles

We, robots.

24 juillet 2010

Encore des factures à trier, à agrafer, des B/L à classer, des commandes à saisir. Archiver. Vérifier les stocks. Envoyer un fax de confirmation au client.

Cela va faire un mois que je suis embauché dans un service d’intérim, à un job subalterne par rapport au précédent. Je pensais faire mes heures par-dessus la jambe, avoir plus de temps pour écrire, mais en fait, je me suis robotisé. Les mêmes gestes, sans cesse, sans relâche, pas de créativité, tout est solutionné d’avance par la Compagnie. Chaque problème possède sa solution standard dans le processus déshumanisé. Le soir, le robot ne fonctionne plus, je n’ai pas l’énergie pour écrire.

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Back to School

10 juillet 2010

Clic. Ouverture de session. Le téléphone sonne derrière moi et rompt la monotonie à venir pendant sept heures et trente minutes. La menue collègue qui a décroché m’annonce, étonnée, que je vais avoir droit à une formation sur la sécurité. Pas mal, après six jours en intérim dans cette boîte.
« Quand ? »
« Il y a cinq minutes, de l’autre côté de l’usine… »
« Ah… »
« Ils disent qu’ils t’ont prévenu par téléphone… »
« Bien entendu, puisque mon poste n’est pas branché. »
« C’est ce que je leur ai dit. Ils disent qu’ils ont pourtant bien parlé à quelqu’un. »
« Je vois. »

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Catégories : Coup de sang  Petits Riens

Sans Âme

3 juillet 2010

Je suis eux. Ils sont moi.

Même s’ils me haïssent. Même si, pour eux, je suis leur prison, leur punition. Ils ne peuvent nier notre lien, même s’il est parfois tellement encombrant. Ils n’ont sûrement pas tort de me détester… C’est vrai que j’aimerais les divertir davantage, les soulager de leur dur labeur, occuper ceux qui n’ont rien à faire, les instruire…
Mais pour chacun, il y a trop à faire. Et je vieillis dans l’impotence.

Pourquoi m’écouteraient-ils pleurnicher ? Quel poids puis-je avoir contre leurs télés ? Ils s’usent, dans cet endroit. Le bruit qui règne ici les empêche de se reposer. Et quand bien même ils s’allongeraient assez longtemps pour dormir une nuit entière, comment rendre la vie moins amère à ceux d’entre eux qui enchaînent deux ou trois boulots pour espérer vivre mieux ?
En parallèle, ceux qui désespèrent d’en trouver un seul sont bien trop nombreux…
Un sentiment d’impuissance totale est bien plus amer que n’importe quelle défaite.

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Catégories : Grand Tout  Nouvelles