Érotisme de l’attente

26 juin 2010

Elle se pencha légèrement en arrière, cambrant son bassin, détendant une jambe dont les doigts de pied venaient de se crisper. Un frisson la parcourut du talon jusqu’à l’épaule. La fraîcheur de la pièce était en grande partie responsable de ce frémissement, mais la simple anticipation de l’acte ne pouvait être mise à l’écart.

Elle ferma les yeux, entrouvrit ses lèvres, inspira à fond. Les odeurs intenses se dégageant de l’énorme objet de son désir lui arrachèrent un soupir. Volupté. Tiédeur.

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Mémoires de glace 2

19 juin 2010

La longue colonne de lanciers se dispersa dans les hautes herbes. Le capitaine blanc avait ordonné un silence total jusqu’à l’assaut. La lune était cachée derrière les nuages, ils ne seraient pas découverts.

Le guerrier entendit un cri de douleur étouffé sur sa droite. Puis un frémissement d’herbes. Il ne vit rien dans cette direction et s’approcha prudemment, lance levée. Peau d’ébène dans l’obscurité, la silhouette floue et ramassée d’un autre soldat gisait devant lui. Le guerrier comprit qu’un homme à terre se massait la cheville. Pas étonnant : les hautes herbes cachaient des trous assez profonds pour s’y enfoncer jusqu’au genou.

Il s’approcha pour examiner la blessure de l’inconnu lorsqu’il reconnut ses vêtements : un Sénoufo. Des ennemis ancestraux, du temps des guerres tribales. Les blancs avaient pris soin de ne pas mélanger les clans lors des précédentes opérations. Mais aujourd’hui, la petite armée était acculée. Ils n’avaient plus le choix.

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Colocation

12 juin 2010

Bientôt, j’aurai les moyens financiers en plus d’un travail formidable qui me forcera à être rarement chez moi.

Bientôt, je monterai une colocation parfaite.

J’achèterai un grand loft en duplex, soigneusement choisi parmi les plus somptueuses garçonnières de ma ville. J’emménagerai dans la meilleure pièce, de préférence à l’étage, pour pouvoir descendre les marches devant mes invités.

N’aimant pas la solitude, je déciderai au bout de quelques semaines de sous-louer les chambres restantes à de jeunes étudiantes. Du haut de ma trentaine élégante, mes absences régulières et le faible loyer attireront beaucoup de monde, mais je ne sélectionnerai que de jolies demoiselles. Les célibataires seront bien sûr préférées, mais même les maquées le redeviendront vite lorsque quelques-unes de mes astucieuses remarques viendront pourrir leur relation.

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Les brûlures de la glace

5 juin 2010

Il est déjà à la fenêtre quand le réveil sonne. Il regarde entre les blocs, mais il n’y a encore personne. Bientôt, par ici, le silence ne règnera plus. Combien de jeunes, vaincus par l’oisiveté, ou las d’aller pointer, viendront y passer une journée de plus ?

Cuisine. Il se sert un café datant de la veille et allume la radio. Les infos annoncent les projets du gouvernement jusqu’aux prochaines élections. Du vent.

Un courrier de sa banque veut lui vendre une autre épargne-retraite. Mais il n’a pas de job et sait que sa rente sera misérable, dans le meilleur des cas.

Tous ces gens qui veulent préparer son futur, pour lui. Quel altruisme, vraiment.

On s’obstine à parler d’avenir quand le présent est trop bousillé. Il prend une gorgée de café, grimace, jette le reste de la tasse dans l’évier.

Salle de bains. L’eau coule dans le lavabo. Il regarde le reflet de ses cernes dans le miroir. Il se dit que même si l’objet est devenu commun, il régule pourtant tout. C’est sûrement là où le miroir est génial : nous nous sommes persuadés de sa nécessité.

Le miroir. Il se rend compte que plus personne n’a envie de le traverser. Non, tout le monde veut devenir celui de l’autre. Des miroirs en pagaille pour se fondre dans la masse. Des miroirs malheureusement sans teint, qui ne réfléchissent pas. Il se dit que la vie n’est plus pour lui qu’une suite infinie d’ajustements, pour rester dans la norme, ressembler aux reflets des autres.

Rien n’avance, ni en haut, ni en bas. Plus personne n’a le courage de perdre. Qui les blâmerait ? Lui aussi aimerait bien arrêter sa descente.

Dans cette société de compétition, toute chute équivaut à une disqualification dans la course au bonheur. Mais qui peut gagner, puisque seuls les autres participants décident du vainqueur ?

Il ouvre la page de son journal et soupire, en se disant que le regard des autres a déjà désigné son reflet comme étant celui d’un perdant. Mais même disqualifié, il continue à courir.

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