Malgré-Tout

25 août 2012

 

«  Ah, Rémi ! Ça fait si longtemps qu’on ne s’était pas vus. Soixante-cinq ans ? Au moins. J’ai eu du mal à te remettre, au début, mais je suis content que ce soit toi. Tu te rappelles notre jeunesse ? Le Gauleitner Wagner qui avait déclaré l’incorporation de force des alsaciens dans l’armée allemande ? Et nous, deux jeunes crétins qui nous sommes enfuis, pensant échapper à la Gestapo. On a pleuré lorsqu’ils nous ont découvert dans le train vers les Vosges, cachés derrière des caisses de vin de blanc. Ils voulaient enfermer nos parents. Alors bien sûr, tu m’as dit qu’on ne pouvait pas faire ça. Moi, de parents, je n’en avais plus, mais ça marchait aussi pour les grands-parents. Alors, on est parti avec eux. C’est ce jour-là que nous sommes devenus allemands officiellement, en étant obligés de signer nos noms dans la Wehrmacht. Puissance défensive, tu parles ! »

« On a été séparé au camp d’entraînement, pendant quelques mois, mais on s’est retrouvé dans le train comme les deux mêmes jeunes crétins d’avant. Mais entraînés, cette fois, avec des fusils dans nos mains. On nous a envoyé sur le Front de l’Est, bien sûr. Le régime nazi avait trop peur qu’on se tire du côté des français. Je sais que tu voulais y aller, toi. Moi, Pétain me faisait peur, je voulais quitter l’Europe. Mais nos espoirs étaient loin, alors. On a été mis en garnison dans quelques camps à l’Est, et ensuite… Tu te rappelles, Rémi ? Ils nous ont dit qu’on ne reviendrait sûrement pas. Ils nous ont envoyés en renfort à la bataille d’Orel-Belgorod. La Bataille de Koursk, un front en saillant de plus de vingt-trois mille kilomètres carrés. »

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Résistances

5 mai 2012

— Tu vois, c’est ça qui m’énerve. Toujours le délit de sale gueule. Là, j’étais qualifié, sauf pour l’expérience. J’ai failli dire à cette pute que si personne ne me donnait ma chance, je pourrais jamais avoir la putain d’expérience requise.
— Mais trop, Farid. Tiens, tire sur le bédeau, ça ira mieux.
— Merci, gars. Tu sais, j’ai croisé deux-trois types qui se sont fait pistonner. Mais ça m’arrivera jamais, je crois. Je connais personne qui a un job dans cette cité moisie. À part pour les petits trafics.
— Clair. « Je suis de ceux qui traînent tard, à squatter les bancs, tels le fer et l’aimant. »
— Encore du Chiens de Paille ? Mais tu changes jamais de disque ?
— Et vous deux, vous changez jamais de squatt ?
— …
— Tonton !
— Salut Farid, salut… Mohamed, c’est ça ?
— Oui, monsieur.
— Monsieur ?
— Euh oui, enfin, avec le costard et la mallette, tout ça, ça impressionne…
— Dis tonton, je cherche du taf, là, t’aurais pas des plans ?
— Qu’est-ce que tu veux faire ? Et qu’est-ce que tu sais faire ?
— Ch’ais pas, m’en fous. Un truc qui paie, comme toi.
— Expert-comptable ? C’est bac +8, et tu as arrêté les cours en première, je crois ?
— Putain, on peut jamais parler avec les vieux ! Toujours ils t’accusent d’être un nul ! Si tu veux pas m’aider, dégage. J’ai besoin de personne !

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Le train

10 mars 2012

J’avais tout prévu, tu vois. Je m’étais trouvé un coin désert, un vieux pont, bien en surplomb des rails ; j’avais même pensé à emmener des pinces pour dépiauter le grillage, et puis des gants, au cas où ils l’auraient électrifié. Il faisait beau. Il n’y avait pas un seul bruit. Le TGV de 14h23 passerait dans exactement seize minutes. Je me suis dit que c’était bon, que j’allais enfin pouvoir en finir. L’idée du train, je me rappelle plus comment je l’avais eue. Mais c’était un bon compromis. Je n’avais jamais réussi à vivre comme un homme, alors je te parle même pas de mourir : par balles, pendaison, couteau, y avait toujours un truc qui foirait. Je t’avoue, c’était surtout le courage qui me faisait défaut. Alors, basculer dans le vide, lâcher prise, c’était bien. J’aurais pu choisir une falaise au milieu de nulle part, crever sans témoin, mais ça, je voulais pas. Non, une seule fois dans mon existence, je voulais pouvoir influencer les gens, leur vie. Avoir une sorte de pouvoir sur eux. Ces gens-là ne m’avaient sûrement jamais vu, ils ne me connaissaient pas. Eh bien je les ferai attendre trois heures dans ce train, pendant que des pompiers ramasseraient mes petits bouts, un par un. Et comme ça, chacun dans sa tête, tous m’auraient entendu gueuler : « Moi aussi, je peux vous faire chier. Vous aussi, vous pouvez subir les choix des autres. »

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Comme à la télé

3 septembre 2011

— Voilà votre café, monsieur.
— Bien. Pars pas tout de suite, coco ; il faut que je te parle. Tu le sens comment, ce stage ?
— Euh… Bien, très bien…
— Non, mais sérieusement… J’ai envie que tu me parles franchement.
— Et bien… Hum. Dix-huit mois de stage , renouvelés trois fois le jour de la fin de ma convention, payés trois cent euros le mois, sans même l’espoir d’un pauvre CDD, j’avoue que c’est un peu dur, là…
— Et voilààà ! Yesss ! Hahaha, j’ai gagné !
— Quoi ? Qu’est-ce qu…
— Non, rien, j’ai gagné un pari avec le DRH. Mille euros que je te poussais à te plaindre ! Gagné !

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Législation globale

19 février 2011

Chambre presque obscure ; le vent dans l’arbre à côté de la fenêtre fait bouger les ombres de la pièce. Il en est conscient alors qu’il garde les yeux fermés. Se retourne sur le dos. Sent un courant d’air sur sa joue. Ouvre un œil. Puis les deux dans un mouvement de panique. Il veut se relever mais une force incroyable le maintient allongé sur le matelas. Il n’arrive pas à respirer. Cette silhouette… Cette terreur…

La forme encapuchonnée de noir se tenant à côté de son lit n’a toujours pas bougé. Il se demande s’il rêve, s’il hallucine. Il ne se rappelle pas avoir pris d’alcool ou de drogue la veille. Le tissu de la forme en noire semble couler, ou bruisser. Il se force à cligner des yeux : non, il ou elle n’a pas bougé. Il tente de fixer l’intérieur de la capuche mais ne ressent soudain qu’un vide immense, discernant à peine un noir d’une obscurité encore plus profonde, si cela fut seulement possible. Il aimerait se retourner et fuir l’horreur de cette vision. Mais son énergie entière n’y suffit pas. Il est condamné à la regarder sans pouvoir rien faire. Il se rend compte qu’elle le nargue. Sa seule présence lui fait réfléchir à ce qu’il aurait dû faire de sa vie ; il aurait préféré ne pas être seul dans son lit, être rassuré par un enfant qui aurait eu son sang, aurait véhiculé quelques traits de son visage vers les générations futures. Il regrette cette fille qui aurait pu devenir la femme de sa vie, mais dont il n’a pas voulu, car trop d’options s’ouvraient encore devant lui.

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Watchman

12 février 2011

Les lumières s’éteignent. Seuls les instruments réfléchissent leurs chromes dans l’obscurité. Il n’a pas besoin de se retourner pour le savoir, il était présent à toutes les répétitions. Il soupire en entendant les premiers hurlements impatients de la foule. Ce soir, elle est déchaînée, une vraie marée humaine. Des types bourrés essaieront sûrement de monter sur scène et de toucher la jolie bassiste. Des collègues l’avaient prévenu, c’était arrivé dans d’autres villes. Pas avec lui ; il ne laisserait rien passer. D’un autre côté, il comprenait ces hormones sur pattes : malgré ses quarante piges, il n’aurait pas craché sur cette petite blonde encombrée par cette basse qui semblait trop lourde pour elle. Les autres membres du groupe étaient plus barbus, plus chevelus, finalement plus communs. Ce soir, du rock. Demain, un récital classique. Après-demain, du jazz.

Peu importe le style, il n’a jamais rien laissé passer. Ni slam, ni pogo, ni gens bourrés. Pas de baston, jamais. En cas de grabuge, il frappe vite et fort : localiser le lieu où ça chie, enserrer la personne concernée, l’extraire de la foule, l’isoler. Si nécessaire, recommencer jusqu’à ce que ça se calme. Refiler les gens trop bourrés ou incontrôlables aux flics ou aux pompiers. Pas de grabuge, pas de coup, même dans le feutré. Il veille. Il surveille, du haut de ses deux mètres de muscles. Il protège le public, de lui-même et des autres. C’est son travail. Il veille. Et il aime ça, parce qu’il voit passer plein de groupes, plein de styles.

Il a croisé des gens biens comme des connards, des petits groupes qui se la pètent, des stars humbles, et l’inverse. Surtout l’inverse, en fait. Il n’est pas blasé ; il a même encore la forme, pour son âge, là où de nombreux collègues se sont ou ont été « recyclés ». Ces dernières années, il a par contre eu de plus en plus de mal à se connecter au public. Quelque chose a changé. En plus facile pour lui, en plus triste pour les artistes. L’équation avait pourtant toujours été simple. Les artistes font leur boulot : ils jouent et essaient de mettre le feu. Lui aussi fait son taf : il protège les artistes et le public. C’est ce dernier qui a changé.

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2004. Banlieue de Tijuana.

11 décembre 2010

Je vidais quelques verres de téquila dans un rade mal fréquenté avec l’ami qui m’hébergeait.
Le barman fixa un nouvel arrivant, qui venait de garer son imposante Harley-Davidson devant l’entrée. Visiblement, le type n’était pas le bienvenu. Personne n’osa cependant le lui dire : ses deux mètres, ses bras énormes et son corps d’athlète transpiraient la puissance. Sa barbe drue et son regard impassible le faisaient ressembler à un tueur de passage.

Les nombreux tatouages sur son corps et sa veste en cuir indiquaient clairement son appartenance à un gang. Au vu des regards hostiles de l’assistance, l’arrivant était hors de son territoire. Le barman agrippa fébrilement son téléphone portable.
Chacun observa nerveusement l’inconnu descendre une bière d’un trait et commander la suivante.

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La morsure

4 décembre 2010

Obscurité totale. Crispation inutile. J’ouvre un œil. Difficilement. Sous la paupière, la sécheresse m’arrache un cri, mais ma mâchoire ne bouge pas. La lumière blanche m’aveugle. Trop de néons. L’autre œil suit, pareil que pour le premier. Je vois les perfusions au-dessus de moi. Un truc flou sort de ma bouche. Je me concentre : d’accord, je suis intubé.
Je ne comprends pas. Le choc est total, même si je ne sens rien. Si. Ma nuque. Un aplatissement, un carnage. Il faut que je me lève pour… Bon. Je me ravise sagement : je bougerai la tête plus tard. Demain, peut-être.
Aucun souvenir. Aucune idée de comment je suis arrivé là. Il faut que je me rappelle. Je me concentre. Des lumières. Bleues.

Des véhicules. Pompiers, gendarmes, ambulanciers. Il fait nuit. Je suis hissé sur un autre brancard. Un des brancardiers vire au vert, il panique. Ah non, il vomit, en fait. Il se retourne au dernier moment, est soutenu par un pompier. Bleusaille. Je reste rêveur, c’est pas un métier facile. Ça doit bien rentrer, à un moment ou un autre. On s’habitue à tout, finalement. Je ne réfléchis pas au pourquoi de la réaction du jeune. Je m’en fous, je suis bien. Le brancard est glissé dans l’ambulance, je flotte. Les lumières se tamisent. Ne restent plus que les néons rouges.

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Au Bistrot…

20 novembre 2010

« Comment va la vie ? »

« Mh. Moyen. Et toi ? »

« Beaucoup trop de boulot. Comme d’habitude, tu me diras. Mais là, c’est pire. Ils font vraiment n’importe quoi, tu sais ?! »

« À qui la faute ? Depuis que le Boss s’est tiré, c’est un vrai merdier, ils veulent tout, tout de suite. Je croule sous les demandes, j’ai la tête sous l’eau. »

« Ouais, avant, ils savaient ce qu’il leur en coûtait de venir te voir pour un marché. Y’a plus de respect, vraiment. »

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Dance Dance Évolution

30 octobre 2010

Il ouvrit les yeux. L’obscurité l’avait reposé, mais les flashes et les lasers verts recommencèrent à lui égratigner les rétines. Par ennui, il posa les yeux sur les fesses moulées qui se dandinaient devant lui. Larges, flasques ou musclées, peu importait. Les vibrations hypnotiques de la chair lui rappelèrent que ces appendices étaient accrochés à de véritables personnes.
Il regarda d’un œil morne ces filles transpirant, se trémoussant maladroitement sur des rythmes remixés cent fois, se foulant parfois une cheville en trébuchant du haut de leurs talons.
Elles devaient être humaines, en dehors d’une boîte de nuit. Mais ici, leurs cheveux plaqués à elles comme des serpillères humides, leur raideur, l’étalage de leur physiques, les faisaient ressembler à de vulgaires balais. Il pensa que même la plus jolie des filles de la planète ne résisterait pas à l’épreuve du dance-floor industriel : au bout de quelques minutes, n’importe laquelle ressemblerait à une souillon en rut.

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L’Assise

16 octobre 2010

Elle est assise là, perdue au fond d’un grand fauteuil en cuir, un livre ouvert sur ses genoux, le regard perdu sur les photos de son enfance qui ornent le mur de la chambre où elle vécut les premiers pas de sa vie. Il y a si longtemps. Elle se rappelle avec nostalgie cette jeunesse dorée où elle était adulée, tel un cadeau du ciel, tel un véritable miracle. La famille et leurs amis ne tarissaient pas d’éloges sur cette si mignonne petite fille, vraiment dégourdie pour son âge. Elle ne sait pas pourquoi elle utilise le passé, puisque ces bourrasques de compliments sont encore d’actualité. Mais quelque chose, depuis, s’est brisé : l’émerveillement des autres a laissé la place à l’ennui, au dégoût, voire à l’envie.

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Left 2 Die

9 octobre 2010

« Et ensuite ? »

« Je suis sorti de chez moi, il y avait un truc bizarre. Il faisait nuit noire, pourtant il y avait plein de gens dehors. Je me suis approché d’un lampadaire. Mais mon pied a buté sur quelque chose. Il y avait des cadavres au sol. Têtes écrasées. Membres arrachés. Gorges tranchées. Vraiment du sale boulot.  Alors j’ai voulu chercher de l’aide auprès des gens qui se tenaient là-bas. Je me suis rendu compte qu’ils étaient tous vieux, du genre grabataire en fin de vie. Il y en avait plein en chaises roulantes, d’autres en béquilles, en déambulateurs. La plupart bavait. Je parlais, mais personne ne me répondait. »

« Je vois. Comment avez-vous réagi ensuite ? »

« Et ben j’ai voulu les secouer, pour qu’ils m’aident. Mais c’est là que j’ai senti l’odeur de décomposition. En les touchant, j’ai senti leur peau froide et molle. Et j’ai compris qu’ils étaient tous morts. »

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Diamond Ball

2 octobre 2010

« Bonsoir et bienvenue sur GoldTV pour notre retransmission multi-médias en direct du championnat du monde de Diamond Ball. Vous l’attendiez tous, et voilà mon collègue et néanmoins ami, David. Bonsoir, David. »

« Merci et bonsoir, David. Oui, comme vous le disiez à l’instant, ce soir, grosse pression. Le CAC40 joue contre Wall Street. Les paris vont bon train et pourraient influencer les cours des bourses américaines et européennes pour les prochaines semaines ! Beaucoup d’enjeu, donc. »

« Tout à fait, mon cher David, d’autant que les sponsors se sont surpassés pour rendre cette manifestation sportive toujours plus attrayante pour nos spectateurs. Aujourd’hui, Boeing a mis dans la loterie des gagnants un hélicoptère AH-64D Apache. Bien sûr, comme vous le savez, ce jeu n’est ouvert qu’aux membres du MEDEF. »

« Oui, ne perdez pas votre carte d’adhérent, vous aurez peut-être le bon numéro. »

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L’Enquête 2

18 septembre 2010

[Suite de l’épisode précédent]

Deux heures plus tard, les deux membres de la Garde Blanche étaient de retour à leur quartier général. L’Ork semblait satisfait, l’elfe un peu plus joyeux que lors de sa première arrivée. Le capitaine sourit à la vue de Taelhien et lui dit :
« N’est-ce pas, que c’est amusant, d’interroger dans les tavernes ? »
« Oh oui, capitaine Brorg, les langues se délient toujours, avec un peu d’alcool dessus. »
«
J’espère juste que la tienne a su se tenir. »

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L’Enquête 1

11 septembre 2010

La pluie tombait en abondance sur le pavé gris des rues du Berceau. Un après-midi à ne pas traîner dehors, tant le ciel était plombé de nuages qui n’annonçaient pas de sitôt une potentielle accalmie. Des chats, impassibles gardiens paresseusement couchés sous des abris de fortune, observaient les rares passants.

L’elfe encapuchonné qui trottinait vaguement entre les gouttes savait bien que son métier, lui, n’attendait pas. Il avait choisi un métier qui ne s’arrêterait jamais vraiment : peu importe l’heure du jour ou de la nuit, peu importe le temps qu’il faisait, il se devait d’être présent. En remontant une ruelle vide, il entr’aperçut à l’intérieur d’une taverne un groupe de maçons, dont certains vivaient dans son voisinage. L’espace d’un instant, il s’avoua qu’il aurait peut-être préféré, aujourd’hui, être parmi eux : finissant plus tôt leur journée de travail à cause des intempéries, se rinçant le gosier à l’aide d’une bière brune fraîche, entourés d’amis qui ne se méfiaient pas d’eux… Ils étaient chanceux d’être là et l’elfe, toujours plus morose, se demanda s’ils en étaient conscients. Perdu dans ses pensées, il ne remarqua même pas qu’il avait dépassé sa destination de presque cent mètres.

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Mémoires de glace 3

31 juillet 2010

Son voisin de gauche s’effondra, une flèche plantée dans l’œil. Cet abruti avait laissé tomber son bouclier dans leur course effrénée pour contourner l’incendie. Il haussa les épaules et ramassa la lance du mort. Elle pourrait toujours servir. Tape-bois était bon musicien, un drôle de type qui faisait rire tout le monde, mais au combat, il laissait un peu à désirer.

Les cris étaient omniprésents, mais il n’y avait aucun moyen de savoir si ceux-ci étaient amis ou ennemis. Ils avaient couru de longues minutes, et il était maintenant clair pour le seul lancier survivant qu’il était encerclé par les flammes.

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Sans Âme

3 juillet 2010

Je suis eux. Ils sont moi.

Même s’ils me haïssent. Même si, pour eux, je suis leur prison, leur punition. Ils ne peuvent nier notre lien, même s’il est parfois tellement encombrant. Ils n’ont sûrement pas tort de me détester… C’est vrai que j’aimerais les divertir davantage, les soulager de leur dur labeur, occuper ceux qui n’ont rien à faire, les instruire…
Mais pour chacun, il y a trop à faire. Et je vieillis dans l’impotence.

Pourquoi m’écouteraient-ils pleurnicher ? Quel poids puis-je avoir contre leurs télés ? Ils s’usent, dans cet endroit. Le bruit qui règne ici les empêche de se reposer. Et quand bien même ils s’allongeraient assez longtemps pour dormir une nuit entière, comment rendre la vie moins amère à ceux d’entre eux qui enchaînent deux ou trois boulots pour espérer vivre mieux ?
En parallèle, ceux qui désespèrent d’en trouver un seul sont bien trop nombreux…
Un sentiment d’impuissance totale est bien plus amer que n’importe quelle défaite.

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Mémoires de glace 2

19 juin 2010

La longue colonne de lanciers se dispersa dans les hautes herbes. Le capitaine blanc avait ordonné un silence total jusqu’à l’assaut. La lune était cachée derrière les nuages, ils ne seraient pas découverts.

Le guerrier entendit un cri de douleur étouffé sur sa droite. Puis un frémissement d’herbes. Il ne vit rien dans cette direction et s’approcha prudemment, lance levée. Peau d’ébène dans l’obscurité, la silhouette floue et ramassée d’un autre soldat gisait devant lui. Le guerrier comprit qu’un homme à terre se massait la cheville. Pas étonnant : les hautes herbes cachaient des trous assez profonds pour s’y enfoncer jusqu’au genou.

Il s’approcha pour examiner la blessure de l’inconnu lorsqu’il reconnut ses vêtements : un Sénoufo. Des ennemis ancestraux, du temps des guerres tribales. Les blancs avaient pris soin de ne pas mélanger les clans lors des précédentes opérations. Mais aujourd’hui, la petite armée était acculée. Ils n’avaient plus le choix.

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Colocation

12 juin 2010

Bientôt, j’aurai les moyens financiers en plus d’un travail formidable qui me forcera à être rarement chez moi.

Bientôt, je monterai une colocation parfaite.

J’achèterai un grand loft en duplex, soigneusement choisi parmi les plus somptueuses garçonnières de ma ville. J’emménagerai dans la meilleure pièce, de préférence à l’étage, pour pouvoir descendre les marches devant mes invités.

N’aimant pas la solitude, je déciderai au bout de quelques semaines de sous-louer les chambres restantes à de jeunes étudiantes. Du haut de ma trentaine élégante, mes absences régulières et le faible loyer attireront beaucoup de monde, mais je ne sélectionnerai que de jolies demoiselles. Les célibataires seront bien sûr préférées, mais même les maquées le redeviendront vite lorsque quelques-unes de mes astucieuses remarques viendront pourrir leur relation.

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Mémoires de glace 1

17 avril 2010

La plage de galets de Dadamiékro scintillait au crépuscule. Le vieil homme assis près du bord de la falaise pleurait. Le plus jeune, armé de sa lance, restait légèrement en retrait, bien décidé à ne pas interrompre la dernière soirée du condamné. Il tenait d’une seule main le corps sans force du vieillard. À la fois pour le maintenir assis et l’empêcher de se jeter dans le vide. La seconde tâche lui avait été assignée, mais impliquait fatalement la première.

Le garde se demanda, non pour la première fois, quelles étaient les pensées d’un homme qui savait son dernier jour révolu. Regrets ? Haine ? Libération ? Il n’aurait la réponse que lorsque son tour viendrait.

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Départ

3 avril 2010

La flammèche du briquet illumine la semi-obscurité de la chambre, seulement éclairée par les néons bleuâtres de l’épicerie d’en face et le lampadaire accolé à l’immeuble. Ces lumières bleues et blanches projetées sur le lit tranchent avec les ombres de minuit qui sonne à peine.
Le rougeoiement nerveux de la cigarette prend le relais de la flamme orangée du briquet. Première bouffée. Toujours la meilleure.
Assis au bord du lit, nu comme un ver, il tourne la tête pour distinguer la jambe de sa compagne, noyée sous les draps froissés. Elle fait doucement glisser son genou sur le matelas pour le stabiliser à hauteur de sa hanche. Elle s’impose dans le lit, comme d’habitude… La suite…

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