Malgré-Tout

25 août 2012

 

«  Ah, Rémi ! Ça fait si longtemps qu’on ne s’était pas vus. Soixante-cinq ans ? Au moins. J’ai eu du mal à te remettre, au début, mais je suis content que ce soit toi. Tu te rappelles notre jeunesse ? Le Gauleitner Wagner qui avait déclaré l’incorporation de force des alsaciens dans l’armée allemande ? Et nous, deux jeunes crétins qui nous sommes enfuis, pensant échapper à la Gestapo. On a pleuré lorsqu’ils nous ont découvert dans le train vers les Vosges, cachés derrière des caisses de vin de blanc. Ils voulaient enfermer nos parents. Alors bien sûr, tu m’as dit qu’on ne pouvait pas faire ça. Moi, de parents, je n’en avais plus, mais ça marchait aussi pour les grands-parents. Alors, on est parti avec eux. C’est ce jour-là que nous sommes devenus allemands officiellement, en étant obligés de signer nos noms dans la Wehrmacht. Puissance défensive, tu parles ! »

« On a été séparé au camp d’entraînement, pendant quelques mois, mais on s’est retrouvé dans le train comme les deux mêmes jeunes crétins d’avant. Mais entraînés, cette fois, avec des fusils dans nos mains. On nous a envoyé sur le Front de l’Est, bien sûr. Le régime nazi avait trop peur qu’on se tire du côté des français. Je sais que tu voulais y aller, toi. Moi, Pétain me faisait peur, je voulais quitter l’Europe. Mais nos espoirs étaient loin, alors. On a été mis en garnison dans quelques camps à l’Est, et ensuite… Tu te rappelles, Rémi ? Ils nous ont dit qu’on ne reviendrait sûrement pas. Ils nous ont envoyés en renfort à la bataille d’Orel-Belgorod. La Bataille de Koursk, un front en saillant de plus de vingt-trois mille kilomètres carrés. »

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L’Art du Guerrier

27 novembre 2010

« J’ai peur. »

« Pour qui ? »

« Pour… Personne en particulier. Nous tous, en fait. »

« Donc… Peur pour toi. C’est ça ? »

« … Oui. De mourir. »

« Qu’est-ce qui t’effraie dans la mort ? »

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Sans Âme

3 juillet 2010

Je suis eux. Ils sont moi.

Même s’ils me haïssent. Même si, pour eux, je suis leur prison, leur punition. Ils ne peuvent nier notre lien, même s’il est parfois tellement encombrant. Ils n’ont sûrement pas tort de me détester… C’est vrai que j’aimerais les divertir davantage, les soulager de leur dur labeur, occuper ceux qui n’ont rien à faire, les instruire…
Mais pour chacun, il y a trop à faire. Et je vieillis dans l’impotence.

Pourquoi m’écouteraient-ils pleurnicher ? Quel poids puis-je avoir contre leurs télés ? Ils s’usent, dans cet endroit. Le bruit qui règne ici les empêche de se reposer. Et quand bien même ils s’allongeraient assez longtemps pour dormir une nuit entière, comment rendre la vie moins amère à ceux d’entre eux qui enchaînent deux ou trois boulots pour espérer vivre mieux ?
En parallèle, ceux qui désespèrent d’en trouver un seul sont bien trop nombreux…
Un sentiment d’impuissance totale est bien plus amer que n’importe quelle défaite.

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