Outillage

29 septembre 2012

— On reprend. Tu veux un autre café ?
— Non, si j’en prends plus, je deviens nerveux.
— Et on a compris que ça craint, hein ? Ça t’a déjà mis assez dans la panade, non ?
— Je sais pas, qu’est-ce que je risque ?
— Quelques mois fermes, en fonction de la défense. D’ailleurs, le motif : pourquoi tu l’as frappé ?
— Il est passé devant moi dans la file à la préfecture.
— Et ?
— …
— C’est tout ? Pour une file d’attente, tu as envoyé un fonctionnaire de police à l’hosto ?
— Il a manqué de respect à tout le monde. Il y avait une vieille arménienne devant moi, qui a fondu en larmes parce qu’elle n’osait rien dire. Trois personnes qu’il a pris pour des moins que rien.
— Écoute, en théorie, je trouve ça bien, de réagir. Mais là… Il a cinq côtes cassées, une épaule déboîtée, et on parle même pas des bleus. Tu trouves pas que tu as abusé ? En plus, c’est pas ta première condamnation.
— Je suis un type gentil, faut pas me chercher, c’est tout.
— Mouais, ils disent tous ça. En dix ans, quatre fois du sursis pour coups et blessures, même en cas de légitime défense, ça ne tiendra pas devant un juge. Cette fois-ci, tu plonges.
— …
— Tu pourrais au moins nous dire pourquoi tu réagis comme ça ?
— C’est un problème d’outil.
— Quoi ?! T’es hors-sujet, là…
— Pas tellement. Vous voyez, quand j’étais plus jeune, au quartier, ça castagnait dur. On devait se défendre, par habitude. Et maintenant, les outils sont là : les réactions, les réflexes, les techniques. Ça part tout seul, des fois. Et quand on n’est équipé que d’un marteau, on a tendance à traiter tous les problèmes comme des clous…

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Malgré-Tout salué par les spécialisés

25 septembre 2012

L’historien Nicolas Mengus travaille, entre autres, pour l’Ami Hebdo, et est le webmaster du site www.malgre-nous.eu sur l’incorporation de force.

Je vous invite à y jeter un long regard si vous vous intéressez au sujet. Nicolas Mengus a écrit plusieurs livres sur le sujet, notamment « Entre Deux Fronts », tomes 1 et 2 avec André Hugel, et « Malgré-Nous ! »

Après lecture de ma nouvelle Malgré-Tout, il a décidé de la placer sur le site www.malgre-nous.eu, dans la rubrique Mémoire, en félicitant votre serviteur.

Je tiens à dire qu’être reconnu par des historiens sur des travaux littéraires est très important pour moi et que cela m’encourage à poursuivre dans cette voie. Voilà, c’était mon petit bonheur du jour.

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Black Sabbat (radio edit)

1 septembre 2012

Bonsoir, ici Jean Dupin en reportage spécial pour Radio Tour Eiffel. Le reportage que vous allez suivre a été enregistré le 10 novembre 1926, au carrefour de l’Elboeuf et du Pont de l’Arche, tout près de Louviers, en Haute-Normandie. Chers auditeurs, éloignez les enfants de votre poste, car nous allons pénétrer dans la terrifiante intimité d’une cérémonie Sabbatique.

Qu’est-ce que le Sabbat ? C’est, pour faire simple, l’assemblée des démons, des sorciers et des sorcières, dans leurs orgies nocturnes. C’est ce que me dit Octavie, qui sera mon guide pour cette émission. Octavie paraît la soixantaine, mais elle m’annonce être née en 1722. Elle me parle de la Révolution Française, de détails qui me font penser qu’elle a réellement vécu à Paris, à une époque qui m’est totalement étrangère. Elle me dit que son ascension est proche, et qu’elle peut donc se permettre de raconter quelques morceaux de sa vie. Elle me prévient de ne surtout intervenir dans rien de ce que je verrai ce soir, car sinon, la mort serait une issue que j’envierai infiniment, par rapport à ce qui m’arrivera.

Nous sommes mercredi soir, une nuit ordinaire pour la convocation du Sabbat, tout comme la nuit du vendredi au samedi. Nous avançons vers le carrefour. Je ne vois pas d’étoiles, mais des lumières orangées qui virevoltent autour des arbres. Les lueurs me laissent entrevoir une terre sablonneuse sur quelques dizaines de mètres. Étonnant, car nous sommes en pleine forêt. Octavie me précise que le Sabbat se fait généralement sur un carrefour, ou dans quelque lieu désert et sauvage, auprès d’un lac, d’un étang, d’un marais, parce qu’on y produit la grêle et qu’on y fabrique des orages. Le lieu qui sert à ce rassemblement subit une telle malédiction, qu’il n’y peut plus rien croître. On s’occupe au Sabbat, dit-elle, à faire ou à méditer le mal, à donner des craintes et des frayeurs, à préparer les maléfices, et à accomplir des mystères abominables.

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Malgré-Tout

25 août 2012

 

«  Ah, Rémi ! Ça fait si longtemps qu’on ne s’était pas vus. Soixante-cinq ans ? Au moins. J’ai eu du mal à te remettre, au début, mais je suis content que ce soit toi. Tu te rappelles notre jeunesse ? Le Gauleitner Wagner qui avait déclaré l’incorporation de force des alsaciens dans l’armée allemande ? Et nous, deux jeunes crétins qui nous sommes enfuis, pensant échapper à la Gestapo. On a pleuré lorsqu’ils nous ont découvert dans le train vers les Vosges, cachés derrière des caisses de vin de blanc. Ils voulaient enfermer nos parents. Alors bien sûr, tu m’as dit qu’on ne pouvait pas faire ça. Moi, de parents, je n’en avais plus, mais ça marchait aussi pour les grands-parents. Alors, on est parti avec eux. C’est ce jour-là que nous sommes devenus allemands officiellement, en étant obligés de signer nos noms dans la Wehrmacht. Puissance défensive, tu parles ! »

« On a été séparé au camp d’entraînement, pendant quelques mois, mais on s’est retrouvé dans le train comme les deux mêmes jeunes crétins d’avant. Mais entraînés, cette fois, avec des fusils dans nos mains. On nous a envoyé sur le Front de l’Est, bien sûr. Le régime nazi avait trop peur qu’on se tire du côté des français. Je sais que tu voulais y aller, toi. Moi, Pétain me faisait peur, je voulais quitter l’Europe. Mais nos espoirs étaient loin, alors. On a été mis en garnison dans quelques camps à l’Est, et ensuite… Tu te rappelles, Rémi ? Ils nous ont dit qu’on ne reviendrait sûrement pas. Ils nous ont envoyés en renfort à la bataille d’Orel-Belgorod. La Bataille de Koursk, un front en saillant de plus de vingt-trois mille kilomètres carrés. »

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Nécrologie audiovisuelle

23 juin 2012

— Hey ! Le dirprog vient d’appeler ! L’émission en direct de samedi est annulée, et on n’a rien en remplacement.
— Merde. On fait quoi ?
— Il y a pas de matches de foot dont on peut racheter une licence ?
— Ah non, les chaînes privées ont pris le monopole là-dessus.
— Galère… Une émission musicale ?
— Je pense pas, la 6 nous met déjà bien dedans là-dessus, on va pas se couvrir de ridicule en plus.
— Attends, j’ai une idée. Il y a pas machin qui est mort, il y a un mois ou deux ?
— Machin ? Qui ?
— Mais si, le vieux con réac’, là, qui faisait des textes mignons et que tous les vieux aiment bien ?
— Ah oui, mais tout le monde s’en fout, de lui, c’est pas notre cœur de cible.
— Si, ça va le devenir. On monte une émission de folie avec un présentateur payé à la crise de larmes, et des invités passés de mode qui étaient les « grands amis » du mort. Vrai ou pas, on s’en fout, mais faut des noms qui claquent un peu, qui font vibrer, hein. Strass et paillettes, accordéons et costumes en alpaga, tu vois le genre.
— La famille ?
— Rien à foutre. Bon, on fera quand même une enquête de fond pour la forme, histoire de voir où il habitait, tout ça. Mais ils causent pas, hein. C’est imprévisible, une famille. Faudrait juste pas qu’ils nous fassent de procès.
— Okay, documents d’époque, concerts filmés, interviews, karaokés des invités sur ses plus grands titres…
— Parfait ! On monte tout ça pour cet aprem. J’appelle tout de suite sa maison de disques pour avoir les droits sur quelques titres. Au pire on s’allie et on fait un enregistrement des chansons, braillées par nos invités et on monte ça dans un coffret collector. Ça fera un tabac de la fête des mères jusqu’à Noël.
— Génial. Ça nous coûte quasiment rien, on ressuscite un mort, on récupère des parts de marché chez les vieux, et on sauve notre problème de grilles. Et on fait casquer un max en produits dérivés. Le président va être heureux. Tout bénef’ pour nous.
— Ouais, j’adore. On va appeler ça comment ?
— … Un hommage.

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Comme un fou, comme un soldat, comme une star de cinéma…

9 juin 2012

Dans le meilleur des mondes, l’utopie voudrait qu’il n’y ait plus besoin d’armées, ni de bidasses. Frissons. Que ferait-on alors de nos tarés, de nos patriotes, de nos militaristes (je n’ai pas dit qu’il n’y avait que ça dans nos armées modernes) ? À quoi seraient-ils occupés ?

Le net a exhumé une photo, aux alentours de l’anniversaire du débarquement de Normandie : des soldats britanniques sautant à bas de navires de transport et chargeant une plage… Menés par un officier portant une épée écossaise !

L’image surprend, fait rire, intrigue. Ce taré a-t-il survécu ? Qui était-il ?

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Catégories : Biographies

Résistances

5 mai 2012

— Tu vois, c’est ça qui m’énerve. Toujours le délit de sale gueule. Là, j’étais qualifié, sauf pour l’expérience. J’ai failli dire à cette pute que si personne ne me donnait ma chance, je pourrais jamais avoir la putain d’expérience requise.
— Mais trop, Farid. Tiens, tire sur le bédeau, ça ira mieux.
— Merci, gars. Tu sais, j’ai croisé deux-trois types qui se sont fait pistonner. Mais ça m’arrivera jamais, je crois. Je connais personne qui a un job dans cette cité moisie. À part pour les petits trafics.
— Clair. « Je suis de ceux qui traînent tard, à squatter les bancs, tels le fer et l’aimant. »
— Encore du Chiens de Paille ? Mais tu changes jamais de disque ?
— Et vous deux, vous changez jamais de squatt ?
— …
— Tonton !
— Salut Farid, salut… Mohamed, c’est ça ?
— Oui, monsieur.
— Monsieur ?
— Euh oui, enfin, avec le costard et la mallette, tout ça, ça impressionne…
— Dis tonton, je cherche du taf, là, t’aurais pas des plans ?
— Qu’est-ce que tu veux faire ? Et qu’est-ce que tu sais faire ?
— Ch’ais pas, m’en fous. Un truc qui paie, comme toi.
— Expert-comptable ? C’est bac +8, et tu as arrêté les cours en première, je crois ?
— Putain, on peut jamais parler avec les vieux ! Toujours ils t’accusent d’être un nul ! Si tu veux pas m’aider, dégage. J’ai besoin de personne !

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Catégories : Nouvelles  Petits Riens

Biblique

28 avril 2012

Il arriva qu’un jour Seth, le premier fils d’Adam, vint interroger son père. Il avait observé les bêtes et se posait la question de l’origine de l’homme. Alors Adam lui répondit que lui-même et Ève sa femme avaient été créés par Dieu le Père Tout-Puisant, Créateur du Ciel, des Mers et de la Terre. Adam n’avait pas d’ancêtre à part Dieu, et c’est ce qu’il dit à son fils. Ce dernier comprit que son père retirait beaucoup de fierté de cela, et décida de partir en quête du créateur.

Adam le mit en garde contre cela : le créateur ne saurait être invoqué, et ne se manifesterait que lorsque lui-même le déciderait.

Seth ne l’entendit pas ainsi : il marcha longtemps à travers les terres, appelant sans relâche le nom de son grand-père divin. Au bout de quarante jours et quarante nuits de marche ininterrompue, Dieu lui apparut au sommet d’une montagne et lui annonça :

— Seth. Je t’ai entendu et me voici.
— Alors c’est toi, Dieu mon grand-père ?
— Oui, même si cela est un raccourci. Je suis le créateur de tes parents, pas leur procréateur.
— Ah. Papa m’a dit que tu es tout-puissant, omniscient, omnipotent, tout ça. C’est vrai ?
— Oui. Car cela est juste et bon.
— Alors j’ai deux questions pour toi. Je peux te les poser, papy ?
— Je t’écoute, mon enfant.
— D’une, si tu es omniscient et que tu savais que je te cherchais, pourquoi tu m’as laissé crapahuter comme ça pendant quarante jours et quarante nuits ?
— Pour la quête, voyons. Il fallait que cela soit épique. On ne me trouve pas comme ça. Je suis très occupé, tu sais ?
— Papy. Il y a trois humains sur terre. Trois. Me prends pas pour une buse, tu croules pas sous les demandes. Bon, passons.
— Ton autre question ?
— Je voulais savoir : peux-tu créer une pierre que tu ne peux pas soulever ?
— Bien entendu.
— Donc, ça veut dire que tu n’es pas omnipotent, puisque tu seras incapable de la soulever ?
— …

Seth se retrouva soudain seul. Il sourit. Un seul paradoxe suffit parfois pour gagner la liberté de tous.

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Le grand saut

24 mars 2012

— Ah dis, je t’ai même pas raconté mon enterrement de vie de garçon !
— Et t’as l’air tellement emballé que je vais même faire l’effort de t’écouter.
— Rabat-joie… Ah merde ! C’est vrai que t’es de nouveau célibataire.
— Ouais bon, accouche !
— D’accord, d’accord. Ils m’ont organisé un kidnapping avec des cagoules, une camionnette et tout, la totale. Je croyais être dans un film ! Et tu devineras jamais la suite ?
— Quoi ? Contrôle vigipirate ?
— T’es con. Non, ils m’ont emmené faire du saut à l’élastique.
— Gé-nial. LE truc pourri.
— Mais non c’était super. On était au pont de l’Artuby : 182 mètres de chute libre ! Les sensations étaient énormes, tu vois. Et le pire, c’est quand ils te préparent : ils te décrivent tout, histoire que tu sois pas surpris, mais c’est là où tu flippes, en vrai. Et après, t’as le choix : soit tu te fais attacher le torse, soit les chevilles. Mais comme je suis un vrai, j’ai choisi les chevilles.
— Ah ? T’es un vrai ? Un vrai quoi ? Inconscient ? C’est dangereux, ces trucs. Moi je m’amuse sans risquer ma peau.
— Tu peux pas en parler si t’as pas essayé.
— C’est vrai, mais tu vois, je suis né à cause d’une rupture de caoutchouc. Et j’imagine pas tellement crever pour la même raison stupide…

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Réseau asocial

17 mars 2012

Je ne suis pas un type bien. Mes amis ont l’air de croire l’inverse. Le fait que je n’essaye pas de les persuader du contraire tendrait d’ailleurs à prouver ce fait. Il faut bien que je l’avoue à quelqu’un : je n’aime pas les gens. Voilà. C’est fait.

C’est bête, mais je ne me sens même pas mieux. Aucun soulagement, le problème n’a pas disparu à son énonciation. Et en plus, maintenant, je passe pour un misanthrope. Ce que je suis finalement loin d’être, puisque je suis assez bien entouré dans la vie.

À force d’apprendre à connaître des gens (de tous horizons), j’ai commencé à rationaliser plusieurs typologies comportementales, déclinées en plusieurs attitudes, actions ou inactions possibles. Je ne suis pas psy et je ne vais pas vous vendre une méthode, rassurez-vous. Cette simplification n’a jamais été infaillible, mais la vérité n’était pas si souvent ailleurs. Et maintenant que j’ai rencontré nombre d’amis, de crétins, de clients, de connards, de gens biens… Voilà que, à chaque nouvelle rencontre, je ne peux m’empêcher de penser à quelqu’un que je connais déjà (cet individu représentant souvent la variation la plus marquante d’un comportement donné).

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Le train

10 mars 2012

J’avais tout prévu, tu vois. Je m’étais trouvé un coin désert, un vieux pont, bien en surplomb des rails ; j’avais même pensé à emmener des pinces pour dépiauter le grillage, et puis des gants, au cas où ils l’auraient électrifié. Il faisait beau. Il n’y avait pas un seul bruit. Le TGV de 14h23 passerait dans exactement seize minutes. Je me suis dit que c’était bon, que j’allais enfin pouvoir en finir. L’idée du train, je me rappelle plus comment je l’avais eue. Mais c’était un bon compromis. Je n’avais jamais réussi à vivre comme un homme, alors je te parle même pas de mourir : par balles, pendaison, couteau, y avait toujours un truc qui foirait. Je t’avoue, c’était surtout le courage qui me faisait défaut. Alors, basculer dans le vide, lâcher prise, c’était bien. J’aurais pu choisir une falaise au milieu de nulle part, crever sans témoin, mais ça, je voulais pas. Non, une seule fois dans mon existence, je voulais pouvoir influencer les gens, leur vie. Avoir une sorte de pouvoir sur eux. Ces gens-là ne m’avaient sûrement jamais vu, ils ne me connaissaient pas. Eh bien je les ferai attendre trois heures dans ce train, pendant que des pompiers ramasseraient mes petits bouts, un par un. Et comme ça, chacun dans sa tête, tous m’auraient entendu gueuler : « Moi aussi, je peux vous faire chier. Vous aussi, vous pouvez subir les choix des autres. »

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Exhumation

3 mars 2012

— Tu vas bien ?
— Je suis vivant, déjà.
— Ouais… T’as quoi, aujourd’hui ?
— Trois enterrements, et toi ?
— Une crémation, seulement.
— Ça va tranquillement, quoi. J’ai l’impression qu’ils aiment pas ces moyens « modernes », nos clients. Les ventes d’urnes décollent pas trop.
— Bah, laisse-leur quelques générations, ça viendra. Faut qu’ils comprennent le concept écologique.
— Tiens, d’ailleurs : on fait quoi pour l’agrandissement de l’aile ouest, finalement ?
— Perso, je dirais : rien. Ça va encore emmerder les gens qu’on agrandisse le cimetière. Le voisinage va nous dire que c’est glauque, la municipalité va se ranger de leur côté et on va encore nous couper des subventions.
— Mais quand même. Ils veulent qu’on les mette où, là ? On est blindé de chez blindé !
— Je me disais qu’on pourrait raser l’aile nord, la plupart des résidents y ont été mis avant 1914. Il y a jamais de visiteurs, alors je me suis dit…
— Attends, il y a des caveaux, des tombes ornées, on va avoir les musées et la sauvegarde des monuments sur le dos.
— Rhola, mais arrête, plus personne n’en a rien à carrer de ces macchabées. Et puis c’est pas comme si je te disais qu’on va dépiauter un monument aux morts, si ? J’ai vérifié : à part les caveaux sur le pourtour, toutes les concessions sont périmées depuis au moins 1958. On a juste laissé toutes ces tombes parce que ça faisait joli, à l’époque. Mais là, comme plus personne ne passe, et que c’est nous qui sommes obligés de nous taper le nettoyage pour que ça ressemble à autre chose qu’une plantation de mauvaises herbes…
— D’accord, je vais leur en parler à l’administration.
— Bonjour messieurs, excusez-moi de vous déranger, je cherche l’emplacement 743B.
— Allée 7, ça… Alors, troisième à gauche, puis tout droit jusqu’au bout.
— Merci. Excusez-moi de vous avoir interrompu.
— Monsieur, les morts – actuels ou en sursis – ne nous interrompent jamais. Tout ce qu’ils font, c’est arriver.

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Et tous nos vœux…

22 décembre 2011

Ce message s’adresse à tous ceux qui m’ont souhaité leurs vœux pour l’année 2011, qui s’achèvera dans quelques jours.

Vous m’avez souhaité plein d’argent, la fortune, le bonheur et la réussite. C’était très gentil de votre part.

Néanmoins, je suis au regret de vous informer que rien de tout cela n’a fonctionné, et que j’entamerai 2012 dans la même situation approximative que 2011.

Ne désirant pas réitérer ce même message l’an prochain, j’ai une solution simple pour que vos bons vœux fonctionnent, cette fois :

Cette année, envoyez directement vos chèques à mon adresse postale, ou vos virements sur mon RIB, disponibles sur simple demande. J’accepte également les espèces remis en mains propres.

Merci d’avance.

Et pour les autres, meilleurs vœux à tous. Passez d’excellentes fêtes quand même !

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Comme à la télé

3 septembre 2011

— Voilà votre café, monsieur.
— Bien. Pars pas tout de suite, coco ; il faut que je te parle. Tu le sens comment, ce stage ?
— Euh… Bien, très bien…
— Non, mais sérieusement… J’ai envie que tu me parles franchement.
— Et bien… Hum. Dix-huit mois de stage , renouvelés trois fois le jour de la fin de ma convention, payés trois cent euros le mois, sans même l’espoir d’un pauvre CDD, j’avoue que c’est un peu dur, là…
— Et voilààà ! Yesss ! Hahaha, j’ai gagné !
— Quoi ? Qu’est-ce qu…
— Non, rien, j’ai gagné un pari avec le DRH. Mille euros que je te poussais à te plaindre ! Gagné !

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In Memoriam Magister

4 juin 2011

Non, vraiment, c’était trop. Impensable, impossible. Il devait s’élever et montrer sa détermination face à toutes ces absurdités, ces injustices. Ces violences.

Bouillant de rage, il se dirigea vers son armoire et empoigna ses armes. Elles étaient lourdes, robustes, fiables. Elles ne l’avaient jamais laissé tomber. Elles le serviraient bien, une nouvelle fois.

Il ouvrit son dressing et enfila sa combinaison de latex. Il avait vieilli, et l’âge l’avait gâté. Malgré ses kilos superflus et son manque d’entraînement, il réussit à rentrer sans trop de peine dans son costume gris et bleu. Il baissa le regard sur son torse, plus flasque qu’à l’époque, et soupira. Les deux lettres « SC » ornaient toujours aussi fièrement son armure. Il hésita. Que n’avait-il donc provoqué par le passé ? Oserait-il une nouvelle fois rendre justice ? À son âge ? Oui. Il n’y avait personne d’autre. Le devoir auquel il s’astreignait était si grand que le sacrifice lui parut insignifiant.

Il rangea ses armes dans sa fidèle mallette de cuir brun, qui en avait tant vu, et enfourcha sa bicyclette noire, elle aussi marquée à ses initiales. Il réprima une douleur dans sa cuisse gauche. Il était vieux, il le sentait maintenant d’autant plus. Arriverait-il au lieu du rassemblement ?

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Le Grand Pardon

7 mai 2011

Je pardonne à ma grand-mère de ne pas se rappeler de moi.

Je pardonne aux stagiaires de tout savoir par avance.

Je pardonne à mon ancien PDG de m’avoir fait travailler tout un été sur le budget 2009 pour finalement me pousser vers la porte une fois la crise confirmée.

Je pardonne à ma voisine de miauler trop fort en écoutant du Mariah Carey à fond les ballons.

Je pardonne à mon vieil entraîneur de basket de m’avoir fait jouer remplaçant jusqu’à ce qu’il n’y ait plus assez de titulaires.

Je pardonne à décembre la puanteur du vin chaud.

Je pardonne aux politicards leur course effrénée pour le pouvoir.

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Ego-trip(e)s

30 avril 2011

Les mots viennent du fond des âges. Je n’en suis pas le dépositaire, mais l’humble véhicule.

Tous ces mots proviennent des innombrables décombres de larmes humaines, du tréfonds des âmes jonchant les chemins de l’Histoire. Je foule toutes ces terres d’où coulent les rêves, pères de tant d’œuvres verbales, orales et scripturales. J’en goûte tout le miel, supporte son acidité, grimace devant tant d’intimité, et traverse ce dédale. Quelles sont les lois de ce monde imaginé ? Peuvent-elles seulement être fixées ?
Les heures s’effacent devant ma feuille encore immaculée, et soudain, surpris, je vois les mots qui s’étalent devant moi.
La prose est là. Magique, miraculeuse, elle n’en reste pas moins hasardeuse.
Tous ceux qui me reprochent de trouver sans chercher ignorent combien je cherche sans trouver.

Colossal, l’ensemble de ce qui m’inspire est un pacte. Tout l’héritage qui me dirige fait de moi un soldat, un apôtre supplicié, un héritier de lois forgées par mes pairs, du code moral de l’écriture je deviens un humble dépositaire. J’offre aux masses hermétiques à mes propos ma vérité scripturale, afin que ces pages portent très loin au large l’aura de ces phrases. Pour qu’elle ne soit jamais l’otage d’un seul propos, pour qu’elle devienne autre chose qu’une voix en cage.

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Catégories : Petits Riens

Temps de pause

20 mars 2011

Ce blog n’est pas abandonné, ce n’est que faute de temps que je ne repasse plus ici.

J’ai achevé il y a peu le manuscrit d’Éviradnus, un projet qui me poursuit depuis près de trois ans sous ses différentes formes (court-métrage, nouvelle, roman).

J’y ai donc enfin mis un point final et suis en pleine relecture du projet. Si vous ne me voyez pas par ici pendant encore quelques semaines, tout est normal.

Et parce que je n’aime pas parler pour ne rien dire, je vous présente donc l’Éviradnus tel que l’a vu Victor Hugo :

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Catégories : Actualités

Devoir de mémoire

26 février 2011

En repassant il y a quelque temps devant une stèle bavaroise à Reichshoffen (bataille quelque peu méconnue aujourd’hui), je me suis rappelé qu’à l’échelle de l’histoire, tous les héros du passé sont morts inutilement.

Trois fois par an, lors des armistices et de la fête nationale, nous pensons (avec dédain ou émotion, selon les cas) à tous ceux qui sont tombés pour que nous puissions jouir de notre confort et de notre liberté actuels. Des héros, tous, morts pour la patrie. Tombés avec vaillance au champ d’honneur.

Une maigre rente pour les familles, et pour celles-ci, un manque aussi béant qu’une fosse commune. D’ailleurs, ces héros en furent-ils vraiment ? Combien d’entre eux moururent-ils réellement en sauvant leurs camarades, tenant avec panache une ligne ou une position ? Et combien furent finalement pulvérisés par un mortier, une grenade, bêtement terrassés par une balle perdue, comprimés dans un naufrage ou gelés par un hiver terrible, sans pouvoir courageusement affronter l’inexorable approche de la faucheuse ?

Mise à part la propagande nationale bombant le torse médaillé des défunts, il reste le problème de la considération héroïque du guerrier. Les deux dernières guerres que nous célébrons annuellement ne virent qu’un immense défilé d’appelés, de conscrits mal entraînés et équipés, défendant une cause nationale d’un côté, et un territoire envahi de l’autre. Embrigadés dans ce tourbillon de violences, ils y moururent par millions. Nous les qualifions alors de héros car ils donnèrent leur vie pour leur pays, mais ne furent-ils pas plutôt des martyrs ? Problème de lexique.

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Catégories : Actualités  Coup de sang

Législation globale

19 février 2011

Chambre presque obscure ; le vent dans l’arbre à côté de la fenêtre fait bouger les ombres de la pièce. Il en est conscient alors qu’il garde les yeux fermés. Se retourne sur le dos. Sent un courant d’air sur sa joue. Ouvre un œil. Puis les deux dans un mouvement de panique. Il veut se relever mais une force incroyable le maintient allongé sur le matelas. Il n’arrive pas à respirer. Cette silhouette… Cette terreur…

La forme encapuchonnée de noir se tenant à côté de son lit n’a toujours pas bougé. Il se demande s’il rêve, s’il hallucine. Il ne se rappelle pas avoir pris d’alcool ou de drogue la veille. Le tissu de la forme en noire semble couler, ou bruisser. Il se force à cligner des yeux : non, il ou elle n’a pas bougé. Il tente de fixer l’intérieur de la capuche mais ne ressent soudain qu’un vide immense, discernant à peine un noir d’une obscurité encore plus profonde, si cela fut seulement possible. Il aimerait se retourner et fuir l’horreur de cette vision. Mais son énergie entière n’y suffit pas. Il est condamné à la regarder sans pouvoir rien faire. Il se rend compte qu’elle le nargue. Sa seule présence lui fait réfléchir à ce qu’il aurait dû faire de sa vie ; il aurait préféré ne pas être seul dans son lit, être rassuré par un enfant qui aurait eu son sang, aurait véhiculé quelques traits de son visage vers les générations futures. Il regrette cette fille qui aurait pu devenir la femme de sa vie, mais dont il n’a pas voulu, car trop d’options s’ouvraient encore devant lui.

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Catégories : Nouvelles  Petits Riens

Watchman

12 février 2011

Les lumières s’éteignent. Seuls les instruments réfléchissent leurs chromes dans l’obscurité. Il n’a pas besoin de se retourner pour le savoir, il était présent à toutes les répétitions. Il soupire en entendant les premiers hurlements impatients de la foule. Ce soir, elle est déchaînée, une vraie marée humaine. Des types bourrés essaieront sûrement de monter sur scène et de toucher la jolie bassiste. Des collègues l’avaient prévenu, c’était arrivé dans d’autres villes. Pas avec lui ; il ne laisserait rien passer. D’un autre côté, il comprenait ces hormones sur pattes : malgré ses quarante piges, il n’aurait pas craché sur cette petite blonde encombrée par cette basse qui semblait trop lourde pour elle. Les autres membres du groupe étaient plus barbus, plus chevelus, finalement plus communs. Ce soir, du rock. Demain, un récital classique. Après-demain, du jazz.

Peu importe le style, il n’a jamais rien laissé passer. Ni slam, ni pogo, ni gens bourrés. Pas de baston, jamais. En cas de grabuge, il frappe vite et fort : localiser le lieu où ça chie, enserrer la personne concernée, l’extraire de la foule, l’isoler. Si nécessaire, recommencer jusqu’à ce que ça se calme. Refiler les gens trop bourrés ou incontrôlables aux flics ou aux pompiers. Pas de grabuge, pas de coup, même dans le feutré. Il veille. Il surveille, du haut de ses deux mètres de muscles. Il protège le public, de lui-même et des autres. C’est son travail. Il veille. Et il aime ça, parce qu’il voit passer plein de groupes, plein de styles.

Il a croisé des gens biens comme des connards, des petits groupes qui se la pètent, des stars humbles, et l’inverse. Surtout l’inverse, en fait. Il n’est pas blasé ; il a même encore la forme, pour son âge, là où de nombreux collègues se sont ou ont été « recyclés ». Ces dernières années, il a par contre eu de plus en plus de mal à se connecter au public. Quelque chose a changé. En plus facile pour lui, en plus triste pour les artistes. L’équation avait pourtant toujours été simple. Les artistes font leur boulot : ils jouent et essaient de mettre le feu. Lui aussi fait son taf : il protège les artistes et le public. C’est ce dernier qui a changé.

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Cul-mul des mandats

29 janvier 2011

« J’en ai marre, j’en peux plus, tu sais ? »

« Mais… Quoi, pourquoi ? »

« Je… Attends… »

« … »

« Et deux verres de blanc pour la 12 ! »

« Merci… Bon, tchin, quand même ? »

« Je rigole pas. Il faut qu’on arrête de se voir. »

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Abonné absent

18 décembre 2010

Bonjour à tous ceux qui passeront dans ces pages.

Ce blog est en pause jusqu’à début ou mi-janvier 2011, pour cause de travail intensif sur mon second roman.

J’espère vous revenir sans indigestion ni gueule de bois, et avec plein de nouvelles idées.

Passez d’excellentes fêtes (pour ceux que ça amuse), bonne survie (pour les autres), et à bientôt !

Pierre Carmody

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2004. Banlieue de Tijuana.

11 décembre 2010

Je vidais quelques verres de téquila dans un rade mal fréquenté avec l’ami qui m’hébergeait.
Le barman fixa un nouvel arrivant, qui venait de garer son imposante Harley-Davidson devant l’entrée. Visiblement, le type n’était pas le bienvenu. Personne n’osa cependant le lui dire : ses deux mètres, ses bras énormes et son corps d’athlète transpiraient la puissance. Sa barbe drue et son regard impassible le faisaient ressembler à un tueur de passage.

Les nombreux tatouages sur son corps et sa veste en cuir indiquaient clairement son appartenance à un gang. Au vu des regards hostiles de l’assistance, l’arrivant était hors de son territoire. Le barman agrippa fébrilement son téléphone portable.
Chacun observa nerveusement l’inconnu descendre une bière d’un trait et commander la suivante.

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La morsure

4 décembre 2010

Obscurité totale. Crispation inutile. J’ouvre un œil. Difficilement. Sous la paupière, la sécheresse m’arrache un cri, mais ma mâchoire ne bouge pas. La lumière blanche m’aveugle. Trop de néons. L’autre œil suit, pareil que pour le premier. Je vois les perfusions au-dessus de moi. Un truc flou sort de ma bouche. Je me concentre : d’accord, je suis intubé.
Je ne comprends pas. Le choc est total, même si je ne sens rien. Si. Ma nuque. Un aplatissement, un carnage. Il faut que je me lève pour… Bon. Je me ravise sagement : je bougerai la tête plus tard. Demain, peut-être.
Aucun souvenir. Aucune idée de comment je suis arrivé là. Il faut que je me rappelle. Je me concentre. Des lumières. Bleues.

Des véhicules. Pompiers, gendarmes, ambulanciers. Il fait nuit. Je suis hissé sur un autre brancard. Un des brancardiers vire au vert, il panique. Ah non, il vomit, en fait. Il se retourne au dernier moment, est soutenu par un pompier. Bleusaille. Je reste rêveur, c’est pas un métier facile. Ça doit bien rentrer, à un moment ou un autre. On s’habitue à tout, finalement. Je ne réfléchis pas au pourquoi de la réaction du jeune. Je m’en fous, je suis bien. Le brancard est glissé dans l’ambulance, je flotte. Les lumières se tamisent. Ne restent plus que les néons rouges.

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L’Art du Guerrier

27 novembre 2010

« J’ai peur. »

« Pour qui ? »

« Pour… Personne en particulier. Nous tous, en fait. »

« Donc… Peur pour toi. C’est ça ? »

« … Oui. De mourir. »

« Qu’est-ce qui t’effraie dans la mort ? »

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Au Bistrot…

20 novembre 2010

« Comment va la vie ? »

« Mh. Moyen. Et toi ? »

« Beaucoup trop de boulot. Comme d’habitude, tu me diras. Mais là, c’est pire. Ils font vraiment n’importe quoi, tu sais ?! »

« À qui la faute ? Depuis que le Boss s’est tiré, c’est un vrai merdier, ils veulent tout, tout de suite. Je croule sous les demandes, j’ai la tête sous l’eau. »

« Ouais, avant, ils savaient ce qu’il leur en coûtait de venir te voir pour un marché. Y’a plus de respect, vraiment. »

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Qui, moi ?

13 novembre 2010

Détournons un peu de Bernard Werber, il le mérite :

Entre
Qui je suis,
Qui je veux être,
Qui je crois être,
Comment je me vois parmi vous,
Ce que vous avez envie que je sois,
Ce que je représente pour vous,
Comment vous me voyez
Quand je m’éloigne de ce que vous croyez être moi et
Qui je suis finalement pour vous…

Il y a au moins huit possibilités de finir névrosé.

Mais nous allons essayer de vivre en société quand même…

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Management martial

6 novembre 2010

« Bonjour Lodomar. Bon, j’espère que t’es dispo, j’ai deux-trois trucs sur lesquels il faut que je te briefe. »

« Euh, oui ? »

« Mon N+2 vient de m’envoyer une rafale dans les dents. Mais ils foutent quoi, tes petits soldats ? Sérieux, le projet devait être rendu la semaine dernière. Je vais les coller en corvée de latrines, moi, tu vas voir. »

« Ben on s’est fait attaquer par les appros, les délais n’étaient pas tenables, qu’il nous ont dit. »

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Dance Dance Évolution

30 octobre 2010

Il ouvrit les yeux. L’obscurité l’avait reposé, mais les flashes et les lasers verts recommencèrent à lui égratigner les rétines. Par ennui, il posa les yeux sur les fesses moulées qui se dandinaient devant lui. Larges, flasques ou musclées, peu importait. Les vibrations hypnotiques de la chair lui rappelèrent que ces appendices étaient accrochés à de véritables personnes.
Il regarda d’un œil morne ces filles transpirant, se trémoussant maladroitement sur des rythmes remixés cent fois, se foulant parfois une cheville en trébuchant du haut de leurs talons.
Elles devaient être humaines, en dehors d’une boîte de nuit. Mais ici, leurs cheveux plaqués à elles comme des serpillères humides, leur raideur, l’étalage de leur physiques, les faisaient ressembler à de vulgaires balais. Il pensa que même la plus jolie des filles de la planète ne résisterait pas à l’épreuve du dance-floor industriel : au bout de quelques minutes, n’importe laquelle ressemblerait à une souillon en rut.

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