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	<title>Pierre Carmody</title>
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		<title>Outillage</title>
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		<pubDate>Sat, 29 Sep 2012 01:00:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre Carmody</dc:creator>
				<category><![CDATA[Petits Riens]]></category>

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		<description><![CDATA[— On reprend. Tu veux un autre café ? — Non, si j&#8217;en prends plus, je deviens nerveux. — Et on a compris que ça craint, hein ? Ça t&#8217;a déjà mis assez dans la panade, non ? — Je sais pas, qu&#8217;est-ce que je risque ? — Quelques mois fermes, en fonction de la [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>— On reprend. Tu veux un autre café ?<br />
— Non, si j&rsquo;en prends plus, je deviens nerveux.<br />
— Et on a compris que ça craint, hein ? Ça t&rsquo;a déjà mis assez dans la panade, non ?<br />
— Je sais pas, qu&rsquo;est-ce que je risque ?<br />
— Quelques mois fermes, en fonction de la défense. D&rsquo;ailleurs, le motif : pourquoi tu l&rsquo;as frappé ?<br />
— Il est passé devant moi dans la file à la préfecture.<br />
— Et ?<br />
— &#8230;<br />
— C&rsquo;est tout ? Pour une file d&rsquo;attente, tu as envoyé un fonctionnaire de police à l&rsquo;hosto ?<br />
— Il a manqué de respect à tout le monde. Il y avait une vieille arménienne devant moi, qui a fondu en larmes parce qu&rsquo;elle n&rsquo;osait rien dire. Trois personnes qu&rsquo;il a pris pour des moins que rien.<br />
— Écoute, en théorie, je trouve ça bien, de réagir. Mais là&#8230; Il a cinq côtes cassées, une épaule déboîtée, et on parle même pas des bleus. Tu trouves pas que tu as abusé ? En plus, c&rsquo;est pas ta première condamnation.<br />
— Je suis un type gentil, faut pas me chercher, c&rsquo;est tout.<br />
— Mouais, ils disent tous ça. En dix ans, quatre fois du sursis pour coups et blessures, même en cas de légitime défense, ça ne tiendra pas devant un juge. Cette fois-ci, tu plonges.<br />
— &#8230;<br />
— Tu pourrais au moins nous dire pourquoi tu réagis comme ça ?<br />
— C&rsquo;est un problème d&rsquo;outil.<br />
— Quoi ?! T&rsquo;es hors-sujet, là&#8230;<br />
— Pas tellement. Vous voyez, quand j&rsquo;étais plus jeune, au quartier, ça castagnait dur. On devait se défendre, par habitude. Et maintenant, les outils sont là : les réactions, les réflexes, les techniques. Ça part tout seul, des fois. Et quand on n&rsquo;est équipé que d&rsquo;un marteau, on a tendance à traiter tous les problèmes comme des clous&#8230;</p>
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		<title>Malgré-Tout salué par les spécialisés</title>
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		<pubDate>Tue, 25 Sep 2012 16:09:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre Carmody</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Petits Riens]]></category>

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		<description><![CDATA[L&#8217;historien Nicolas Mengus travaille, entre autres, pour l&#8217;Ami Hebdo, et est le webmaster du site www.malgre-nous.eu sur l&#8217;incorporation de force. Je vous invite à y jeter un long regard si vous vous intéressez au sujet. Nicolas Mengus a écrit plusieurs livres sur le sujet, notamment « Entre Deux Fronts », tomes 1 et 2 avec [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>L&rsquo;historien Nicolas Mengus travaille, entre autres, pour l&rsquo;Ami Hebdo, et est le webmaster du site <a title="malgré-nous.eu" href="http://www.malgre-nous.eu" target="_blank">www.malgre-nous.eu</a> sur l&rsquo;incorporation de force.</p>
<p>Je vous invite à y jeter un long regard si vous vous intéressez au sujet. Nicolas Mengus a écrit plusieurs livres sur le sujet, notamment « Entre Deux Fronts », tomes 1 et 2 avec André Hugel, et « Malgré-Nous ! »</p>
<p>Après lecture de ma nouvelle <a title="Malgré-Tout" href="http://www.carmody.fr/?p=419" target="_blank">Malgré-Tout</a>, il a décidé de la placer sur le site <a title="Black Sabbat (radio edit)" href="http://www.malgre-nous.eu" target="_blank">www.malgre-nous.eu</a>, dans la <a title="Mémoire" href="http://www.malgre-nous.eu/spip.php?article2536" target="_blank">rubrique Mémoire</a>, en félicitant votre serviteur.</p>
<p>Je tiens à dire qu&rsquo;être reconnu par des historiens sur des travaux littéraires est très important pour moi et que cela m&rsquo;encourage à poursuivre dans cette voie. Voilà, c&rsquo;était mon petit bonheur du jour.</p>
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		<title>Black Sabbat (radio edit)</title>
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		<pubDate>Sat, 01 Sep 2012 01:00:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre Carmody</dc:creator>
				<category><![CDATA[Petits Riens]]></category>

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		<description><![CDATA[Bonsoir, ici Jean Dupin en reportage spécial pour Radio Tour Eiffel. Le reportage que vous allez suivre a été enregistré le 10 novembre 1926, au carrefour de l&#8217;Elboeuf et du Pont de l&#8217;Arche, tout près de Louviers, en Haute-Normandie. Chers auditeurs, éloignez les enfants de votre poste, car nous allons pénétrer dans la terrifiante intimité [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Bonsoir, ici Jean Dupin en reportage spécial pour Radio Tour Eiffel. Le reportage que vous allez suivre a été enregistré le 10 novembre 1926, au carrefour de l&rsquo;Elboeuf et du Pont de l&rsquo;Arche, tout près de Louviers, en Haute-Normandie. Chers auditeurs, éloignez les enfants de votre poste, car nous allons pénétrer dans la terrifiante intimité d&rsquo;une cérémonie Sabbatique.</p>
<p>Qu&rsquo;est-ce que le Sabbat ? C&rsquo;est, pour faire simple, l&rsquo;assemblée des démons, des sorciers et des sorcières, dans leurs orgies nocturnes. C&rsquo;est ce que me dit Octavie, qui sera mon guide pour cette émission. Octavie paraît la soixantaine, mais elle m&rsquo;annonce être née en 1722. Elle me parle de la Révolution Française, de détails qui me font penser qu&rsquo;elle a réellement vécu à Paris, à une époque qui m&rsquo;est totalement étrangère. Elle me dit que son ascension est proche, et qu&rsquo;elle peut donc se permettre de raconter quelques morceaux de sa vie. Elle me prévient de ne surtout intervenir dans rien de ce que je verrai ce soir, car sinon, la mort serait une issue que j&rsquo;envierai infiniment, par rapport à ce qui m&rsquo;arrivera.</p>
<p>Nous sommes mercredi soir, une nuit ordinaire pour la convocation du Sabbat, tout comme la nuit du vendredi au samedi. Nous avançons vers le carrefour. Je ne vois pas d&rsquo;étoiles, mais des lumières orangées qui virevoltent autour des arbres. Les lueurs me laissent entrevoir une terre sablonneuse sur quelques dizaines de mètres. Étonnant, car nous sommes en pleine forêt. Octavie me précise que le Sabbat se fait généralement sur un carrefour, ou dans quelque lieu désert et sauvage, auprès d&rsquo;un lac, d&rsquo;un étang, d&rsquo;un marais, parce qu&rsquo;on y produit la grêle et qu&rsquo;on y fabrique des orages. Le lieu qui sert à ce rassemblement subit une telle malédiction, qu&rsquo;il n&rsquo;y peut plus rien croître. On s&rsquo;occupe au Sabbat, dit-elle, à faire ou à méditer le mal, à donner des craintes et des frayeurs, à préparer les maléfices, et à accomplir des mystères abominables.</p>
<p><span id="more-428"></span><br />
Octavie m&rsquo;explique que les utilisateurs de sorcellerie portent une marque qui leur est imprimée par le Tentateur ; elle me montre la sienne, brûlée sous son poignet gauche. Cette marque, par un certain mouvement intérieur qu&rsquo;elle cause, avertit chacun de l&rsquo;heure du ralliement. En cas d&rsquo;urgence, Satan fait paraître un mouton dans une nuée pour rassembler son monde en un seul instant.</p>
<p>Nous approchons. Une vingtaine de personnes, hommes et femmes, est assemblée autour d&rsquo;une longue table rectangulaire Des chaises sont disposées tout du long. La table regorge de plats, en surnombre. Une large forme à l&rsquo;opposé de la table est masquée par un brouillard obscur.<br />
Octavie enfourche un bâton et me dit de la suivre de près, sans quoi je serai incinéré sur le champ. Elle répète les mots « Emen-hétan ! Emen-hétan ! », ce qu&rsquo;elle m&rsquo;explique signifier : « Ici et là ! Ici et là ! ». Nous sommes à l&rsquo;heure, et Octavie en est rassurée. Ceux ou celles qui manquent au rendez-vous payent une amende avec leur sang ; car le diable aime la discipline.</p>
<p>Beaucoup des femmes présentes ont avec eux entre un et six nourrissons. Les cris et les pleurs sont assourdissants, mais nous ne les avons entendus qu&rsquo;après avoir pénétré sur le carrefour.<br />
Octavie a changé d&rsquo;apparence. Elle paraît maintenant la vingtaine, solide, sans être vraiment jolie. Elle m&rsquo;explique que si une sorcière promet de présenter au diable l&rsquo;enfant de quelque gueux du voisinage lors du Sabbat suivant et qu&rsquo;elle ne puisse venir à bout de l&rsquo;attraper, elle est obligée de présenter son propre fils ou quelque autre enfant d&rsquo;aussi haut prix. Certaines fois, il faut plusieurs enfants pour apaiser le Démon.<br />
Les enfants qui plaisent à Belzébuth sont ainsi admis parmi ses sujets de cette manière : Maître Léonard , président des Sabbats, donne d&rsquo;abord un parrain et une marraine à l&rsquo;enfant ; puis on le fait renoncer à Dieu, la Vierge et tous les saints ; et après qu&rsquo;il a renié sur le Grand Livre, Léonard le marque d&rsquo;une de ses cornes dans le fond de son œil gauche.<br />
L&rsquo;enfant porte cette marque au fond de son orbite pendant tout son temps d&rsquo;épreuves, à la suite duquel, s&rsquo;il s&rsquo;en est bien tiré, le Tentateur lui administre un autre signe qui a la figure d&rsquo;un petit lièvre, ou d&rsquo;une patte de crapaud, ou d&rsquo;un chat noir. Durant leur noviciat, ou charge les enfants admis de garder les crapauds à proximité, tous les jours de Sabbat ; quand ils ont reçu la seconde marque, qui est pour eux un brevet de sorcier, ils sont admis à la danse et au festin. Les enfants qui ne promettent rien de convenable sont condamnés à être fricassés. De fait, au bout de la table de banquet, maniant des hachoirs et des pinces, il y a là des femmes, la bave aux lèvres et le regard affamé, qui les dépècent et les font cuire pour le banquet. L&rsquo;odeur n&rsquo;est pas si abominable que ce je me serais imaginé. Mes haut-le-cœur proviennent plutôt des bouts de membres infantiles flottant à la surface de la grande marmite.</p>
<p>Octavie m&rsquo;emmène à l&rsquo;opposé de la table : en effet, lorsqu&rsquo;on arrive au Sabbat, le premier devoir est d&rsquo;aller rendre hommage à Maître Léonard. II est assis sur un trône infernal fait de métal, de cornes et de bois entremêlés ; Octavie m&rsquo;explique qu&rsquo;ordinairement, il affecte la figure d&rsquo;un grand bouc ayant trois cornes, dont celle du milieu jette une lumière qui éclaire l&rsquo;assemblée ; quelquefois, il prend la forme d&rsquo;un lévrier, ou d&rsquo;un bœuf, ou d&rsquo;un tronc d&rsquo;arbre sans pied, avec une face humaine fort ténébreuse ; aujourd&rsquo;hui, pour m&rsquo;accueillir, il est resté sous forme humaine.<br />
Maître Léonard porte une couronne noire, a les cheveux hérissés, le visage pâle et troublé, les yeux ronds, grands, fort ouverts, enflammés et hideux, une barbe de chèvre, les mains comme celles d&rsquo;un homme, excepté que les doigts sont tous égaux, courbés tels les griffes d&rsquo;un oiseau de proie, et terminés en pointes, les pieds en pattes d&rsquo;oie, la queue longue comme celle d&rsquo;un âne ; il a la voix effroyable et sans ton, tient une gravité superbe, avec la contenance d&rsquo;une personne mélancolique et portant toujours sous sa queue un visage d&rsquo;homme brûlé, visage que tous les sorciers baisent en arrivant au Sabbat : c&rsquo;est là ce qu&rsquo;on appelle l&rsquo;Hommage.</p>
<p>Maître Léonard donne ensuite un peu d&rsquo;argent à tous ses adeptes ; puis il se lève pour le festin, où le maître des cérémonies place tout le monde, chacun selon son rang, mais toujours un diable à côté d&rsquo;un sorcier.<br />
La nappe du Sabbat est dorée, et on y sert toutes sortes de bons mets, avec du pain et du vin délicieux, me dit Octavie. Ce que je vois n&rsquo;est pas tout à fait la même chose : au contraire, la nappe est faite de chiffons, on ne sert que des crapauds, de la chair crue de pendus, des muscles bouillis de petits enfants non baptisés, et mille autres horreurs. Le pain est composé de millet noir.</p>
<p>Les participants chantent pendant le repas des abominations que je ne saurai répéter ici ; et après qu&rsquo;ils aient mangé, ils se lèvent de table et adorent le Grand Maître nouvellement apparu dans un nuage de ténèbres ; puis, chacun se divertit. Les uns dansent en rond vers le lac, ayant chacun un chat pendu au derrière ou à la ceinture. D&rsquo;autres rendent compte des maux qu&rsquo;ils ont fait, et ceux qui n&rsquo;en ont pas fait assez sont punis par le Grand Maître. La plupart se lancent dans des rapports impies relevant de la plus simple bestialité, autour, sur et sous la table du banquet.</p>
<p>Sur la gauche, une magicienne dit la Messe du Diable, pour ceux qui veulent l&rsquo;entendre. Vers le lac se commettent les plus révoltantes et les plus honteuses horreurs charnelles dont j&rsquo;ai pu être témoin entre animaux, humains et démons. Il en est qui forment des quadrilles avec des crapauds vêtus de velours et chargés de sonnettes. Ces divertissements durent jusqu&rsquo;au chant du coq. Aussitôt que l&rsquo;animal se fait entendre, tout est forcé de disparaître.</p>
<p>Alors, Maître Léonard leur donne congé, et chacun s&rsquo;en retourne chez soi . Je me suis réveillé le lendemain matin, les vêtements en haillons sur le carrefour de l&rsquo;Elboeuf et du pont de l&rsquo;Arche, tout près de Louviers, en Haute-Normandie. Rien de tout cela ne semblait avoir été réel, à part les quelques ossements carbonisés que j&rsquo;ai pu trouver en retournant quelques mottes de terre. Le sol, quant à lui, semblait avoir été souillé par quelque chose d&rsquo;innommable.</p>
<p>J&rsquo;ai rapidement rejoint la civilisation pour clore ce reportage. C&rsquo;était Jean Dupin, pour Radio Tour Eiffel. La semaine prochaine, nous irons à Ordebec, près de Lisieux, sur les traces de la Mesnie Hellequin, communément appelée la « Chasse Sauvage ». À la semaine prochaine.</p>
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		<title>Malgré-Tout</title>
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		<pubDate>Sat, 25 Aug 2012 01:00:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre Carmody</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Grand Tout]]></category>
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		<description><![CDATA[&#160; «  Ah, Rémi ! Ça fait si longtemps qu&#8217;on ne s&#8217;était pas vus. Soixante-cinq ans ? Au moins. J&#8217;ai eu du mal à te remettre, au début, mais je suis content que ce soit toi. Tu te rappelles notre jeunesse ? Le Gauleitner Wagner qui avait déclaré l&#8217;incorporation de force des alsaciens dans l&#8217;armée allemande ? Et nous, [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<p>«  Ah, Rémi ! Ça fait si longtemps qu&rsquo;on ne s&rsquo;était pas vus. Soixante-cinq ans ? Au moins. J&rsquo;ai eu du mal à te remettre, au début, mais je suis content que ce soit toi. Tu te rappelles notre jeunesse ? Le Gauleitner Wagner qui avait déclaré l&rsquo;incorporation de force des alsaciens dans l&rsquo;armée allemande ? Et nous, deux jeunes crétins qui nous sommes enfuis, pensant échapper à la Gestapo. On a pleuré lorsqu&rsquo;ils nous ont découvert dans le train vers les Vosges, cachés derrière des caisses de vin de blanc. Ils voulaient enfermer nos parents. Alors bien sûr, tu m&rsquo;as dit qu&rsquo;on ne pouvait pas faire ça. Moi, de parents, je n&rsquo;en avais plus, mais ça marchait aussi pour les grands-parents. Alors, on est parti avec eux. C&rsquo;est ce jour-là que nous sommes devenus allemands officiellement, en étant obligés de signer nos noms dans la Wehrmacht. Puissance défensive, tu parles ! »</p>
<p>« On a été séparé au camp d&rsquo;entraînement, pendant quelques mois, mais on s&rsquo;est retrouvé dans le train comme les deux mêmes jeunes crétins d&rsquo;avant. Mais entraînés, cette fois, avec des fusils dans nos mains. On nous a envoyé sur le Front de l&rsquo;Est, bien sûr. Le régime nazi avait trop peur qu&rsquo;on se tire du côté des français. Je sais que tu voulais y aller, toi. Moi, Pétain me faisait peur, je voulais quitter l&rsquo;Europe. Mais nos espoirs étaient loin, alors. On a été mis en garnison dans quelques camps à l&rsquo;Est, et ensuite&#8230; Tu te rappelles, Rémi ? Ils nous ont dit qu&rsquo;on ne reviendrait sûrement pas. Ils nous ont envoyés en renfort à la bataille d&rsquo;Orel-Belgorod. La Bataille de Koursk, un front en saillant de plus de vingt-trois mille kilomètres carrés. »</p>
<p><span id="more-419"></span></p>
<p>« Neuf cent mille hommes, dix mille canons et mortiers, plus de deux mille avions et deux mille cinq cent chars pour le Reich. Et du côté russe, bien plus encore : trois mille trois cent chars, une armée d’infanterie qui regroupait un million trois cent mille hommes, dix neuf mille canons et mortiers. C&rsquo;est ce qu&rsquo;on nous a dit par la suite. Tu imagines si on avait su ça ce jour-là, Rémi ? Deux millions de combattants sur un front long de deux cent soixante-dix kilomètres ? On se serait tiré, que personne n&rsquo;aurait rien su. Mais si loin de chez nous, comment aurait-on pu ? »</p>
<p>« Alors on s&rsquo;est battu pendant trois semaines entières. On tenait sur les nerfs, on n&rsquo;avait rien à manger, mais à boire en quantité. La neige&#8230; Les chars s&rsquo;embourbaient, glissaient, tombaient en panne. Dans mon unité, on était trente. Un mortier est tombé un beau matin sur ce qu&rsquo;il restait de vivant. Et tout d&rsquo;un coup, il ne resta plus que mon lieutenant et moi. Alors on a pris un canon motorisé, et on a démonté le canon pour ne pas surcharger le moteur. Il y avait des cadavres partout. La neige était toute rouge. La couleur des vainqueurs. Notre fuite vers l&rsquo;ouest a duré quatre jours. Mon lieutenant était un paysan de la Pfalz. Il avait une centaine de têtes de bétail chez lui. Un jour, il m&rsquo;a dit qu&rsquo;il était comme moi, incorporé de force dans ce régime de fous, et qu&rsquo;il aurait de loin préféré rester chez lui à s&rsquo;occuper de sa famille et de ses vaches. Un soir, nous avons tenté la traversée d&rsquo;une rivière, mais notre engin de fortune s&rsquo;est embourbé. On a poussé et tiré pendant une heure. La nuit tombait et, dans notre effort, nous n&rsquo;avons pas remarqué la tourelle d&rsquo;un char KV-1 camouflé dans la forêt. À l&rsquo;intérieur de l&rsquo;habitacle, ça gueulait en russe. Des voix de femme ! Rémi, tu imagines ? Des femmes ?! Elles ont tiré au canon de 76 sur deux types qui n&rsquo;avaient plus que leur fusil. J&rsquo;ai plongé dans la boue de la rivière. Mon lieutenant eut moins de chance : il fut coupé en deux par l&rsquo;explosion de notre engin. Je suis resté dans la boue, complètement sonné. Comme la nuit tombait, les furies russes ne se sont pas approchées et ont continué leur chemin. Je me suis caché trois jours dans la forêt. C&rsquo;est là qu&rsquo;on s&rsquo;était revus, Rémi. »</p>
<p>« Je t&rsquo;avais dit « Viens, on va se rendre aux Russes, tout est perdu ». Tu m&rsquo;avais répondu « Hors de question, ils vont tous nous tuer, je marche vers l&rsquo;Allemagne ». Je t&rsquo;avais supplié de rester : j&rsquo;avais bien écouté les bandes que passaient les russes depuis leurs puissants hauts-parleurs ! Je savais les mots qui signifiaient qu&rsquo;on se rendait. Tu as haussé les épaules et tu es parti. Et ton nom a été rajouté au monument aux morts de notre village quand nous sommes rentrés. Je me suis rendu, ai passé quatre ans dans un camp de travail à Tambov. Là-bas, les blessés sont morts dès les premières semaines. Et les plus faibles sont morts de froid assez rapidement. Tous ont fini dans les fosses communes. La galère que ça a été pour leur faire comprendre que j&rsquo;étais français, malgré mes papiers allemands. Même ma langue alsacienne travaillait contre moi. Heureusement, j&rsquo;y ai retrouvé beaucoup d&rsquo;alsaciens, et ils ont enfin vu que notre cas n&rsquo;était pas isolé. Je suis rentré en Alsace en 1947, pour essayer de recommencer une vie, à 21 ans. J&rsquo;ai pas pu. Alors je me suis engagé dans l&rsquo;armée française, histoire de laver cette saleté d&rsquo;uniforme qui nous collait à la peau. Un costume remplacé par un autre. C&rsquo;est mieux que rien. Et toi, Rémi ? Qu&rsquo;est-ce que tu as fait, ensuite ? »</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Le monument aux morts reste muet. Les noms le toisent de leurs lettres dorées sur fond de marbre noir. L&rsquo;ironie du « Mort pour la France » le fait sourire. Pour ceux de l&rsquo;intérieur, il sait qu&rsquo;il restera un collabo, pour toujours. Tant pis. Ils ne comprendront pas. Pas tous, du moins. Dans quelques minutes, un officiel viendra lui demander s&rsquo;il est prêt pour la cérémonie. Comme chaque année, il ravalera un accès de rage face à l&rsquo;attention feinte de ceux qui ne voient plus là qu&rsquo;un acte politique. Un folklore du souvenir. Mais c&rsquo;est la seule tribune qu&rsquo;il leur reste. S&rsquo;il est prêt.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>« Prêt, Rémi ? Hum. On n&rsquo;était pas prêts, tous les deux. J&rsquo;ai eu de la chance, mais pas toi. Et finalement, on l&rsquo;a toujours été, prêts. J&rsquo;ai craint la fin chaque jour, chaque heure, pendant cinq ans, je pense qu&rsquo;à 86 ans&#8230; Je me dois de l&rsquo;être&#8230; D&rsquo;être prêt à recracher dans l’œil de la Faucheuse, même si ça ne sert plus à rien. »</p>
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		<title>Nécrologie audiovisuelle</title>
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		<pubDate>Sat, 23 Jun 2012 01:00:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre Carmody</dc:creator>
				<category><![CDATA[Coup de sang]]></category>
		<category><![CDATA[Petits Riens]]></category>

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		<description><![CDATA[— Hey ! Le dirprog vient d&#8217;appeler ! L&#8217;émission en direct de samedi est annulée, et on n&#8217;a rien en remplacement. — Merde. On fait quoi ? — Il y a pas de matches de foot dont on peut racheter une licence ? — Ah non, les chaînes privées ont pris le monopole là-dessus. — Galère&#8230; Une émission musicale ? [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>— Hey ! Le dirprog vient d&rsquo;appeler ! L&rsquo;émission en direct de samedi est annulée, et on n&rsquo;a rien en remplacement.<br />
— Merde. On fait quoi ?<br />
— Il y a pas de matches de foot dont on peut racheter une licence ?<br />
— Ah non, les chaînes privées ont pris le monopole là-dessus.<br />
— Galère&#8230; Une émission musicale ?<br />
— Je pense pas, la 6 nous met déjà bien dedans là-dessus, on va pas se couvrir de ridicule en plus.<br />
— Attends, j&rsquo;ai une idée. Il y a pas machin qui est mort, il y a un mois ou deux ?<br />
— Machin ? Qui ?<br />
— Mais si, le vieux con réac&rsquo;, là, qui faisait des textes mignons et que tous les vieux aiment bien ?<br />
— Ah oui, mais tout le monde s&rsquo;en fout, de lui, c&rsquo;est pas notre cœur de cible.<br />
— Si, ça va le devenir. On monte une émission de folie avec un présentateur payé à la crise de larmes, et des invités passés de mode qui étaient les « grands amis » du mort. Vrai ou pas, on s&rsquo;en fout, mais faut des noms qui claquent un peu, qui font vibrer, hein. Strass et paillettes, accordéons et costumes en alpaga, tu vois le genre.<br />
— La famille ?<br />
— Rien à foutre. Bon, on fera quand même une enquête de fond pour la forme, histoire de voir où il habitait, tout ça. Mais ils causent pas, hein. C&rsquo;est imprévisible, une famille. Faudrait juste pas qu&rsquo;ils nous fassent de procès.<br />
— Okay, documents d&rsquo;époque, concerts filmés, interviews, karaokés des invités sur ses plus grands titres&#8230;<br />
— Parfait ! On monte tout ça pour cet aprem. J&rsquo;appelle tout de suite sa maison de disques pour avoir les droits sur quelques titres. Au pire on s&rsquo;allie et on fait un enregistrement des chansons, braillées par nos invités et on monte ça dans un coffret collector. Ça fera un tabac de la fête des mères jusqu&rsquo;à Noël.<br />
— Génial. Ça nous coûte quasiment rien, on ressuscite un mort, on récupère des parts de marché chez les vieux, et on sauve notre problème de grilles. Et on fait casquer un max en produits dérivés. Le président va être heureux. Tout bénef&rsquo; pour nous.<br />
— Ouais, j&rsquo;adore. On va appeler ça comment ?<br />
— … Un hommage.</p>
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		<title>Comme un fou, comme un soldat, comme une star de cinéma&#8230;</title>
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		<pubDate>Sat, 09 Jun 2012 00:00:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre Carmody</dc:creator>
				<category><![CDATA[Biographies]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans le meilleur des mondes, l&#8217;utopie voudrait qu&#8217;il n&#8217;y ait plus besoin d&#8217;armées, ni de bidasses. Frissons. Que ferait-on alors de nos tarés, de nos patriotes, de nos militaristes (je n&#8217;ai pas dit qu&#8217;il n&#8217;y avait que ça dans nos armées modernes) ? À quoi seraient-ils occupés ? Le net a exhumé une photo, aux alentours de [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Dans le meilleur des mondes, l&rsquo;utopie voudrait qu&rsquo;il n&rsquo;y ait plus besoin d&rsquo;armées, ni de bidasses. Frissons. Que ferait-on alors de nos tarés, de nos patriotes, de nos militaristes (je n&rsquo;ai pas dit qu&rsquo;il n&rsquo;y avait que ça dans nos armées modernes) ? À quoi seraient-ils occupés ?</p>
<p>Le net a exhumé une photo, aux alentours de l&rsquo;anniversaire du débarquement de Normandie :<a title="Regardez donc le personnage le plus à droite..." href="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/d2/Jack_Churchill_leading_training_charge_with_sword.jpg" target="_blank"> des soldats britanniques sautant à bas de navires de transport et chargeant une plage&#8230; Menés par un officier portant une épée écossaise !</a></p>
<p>L&rsquo;image surprend, fait rire, intrigue. Ce taré a-t-il survécu ? Qui était-il ?</p>
<p><span id="more-402"></span></p>
<p>Ce type, c&rsquo;était « Fighting Jack Churchill ». Passons sa jeunesse à Hong Kong, son service militaire à Burma dans le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/The_Manchester_Regiment" target="_blank"><em>Manchester Regiment</em></a>, son emploi d&rsquo;éditeur dans un journal.</p>
<p>Sa vraie légende commença en 1939, année où il signa chez les commandos, par goût du risque et sans trop savoir à quoi tout ça consistait. En mai 1940, près de l&rsquo;Épinette (France), il lança le signal d&rsquo;attaque de son unité en tuant le <em>Feldwebel</em> (sergent allemand) ennemi. Avec un arc et des flèches barbelées&#8230;</p>
<p>Après ce fait d&rsquo;armes unique (il fut le seul soldat de la seconde guerre mondiale à tuer avec ce type d&rsquo;arme anachronique), vint le raid norvégien du 27 décembre 1941 sur Dunkirk, où fut prise cette fameuse photo. Après être arrivé sur la plage, il sangla sa large épée sur son dos et courut vers l&rsquo;ennemi en jouant de la cornemuse, puis lança une grenade dans le tas avant de rejoindre la bataille au corps à corps. Pour ses actions, il reçut la Croix et la Barre Militaires.</p>
<p>Après la Sicile en 1943 (où il fit prisonnier 42 Allemands avec ses 40 commandos), il reçut la Distinguished Service Order. Deux fois.</p>
<p>En Yougoslavie en 1944, il soutient les troupes de Tito. Les 1500 partisans yougoslaves s&rsquo;étant dégonflé, il partit à l&rsquo;assaut de l&rsquo;île de Braç avec ses 43 commandos, au son de la cornemuse. Ils ne furent que 7 à atteindre l&rsquo;objectif. Un mortier s&rsquo;abattit sur eux alors que « Fighting Jack » jouait « <a title="Envie d'entendre à quoi peut ressembler un type jouant de la cornemuse au milieu d'un couloir de mortier ?" href="http://www.youtube.com/watch?v=Xemi3523ORE&amp;feature=colike" target="_blank">Will Ye No Come Back Again?</a> ». Tombé inconscient, il fut capturé avec quelques compatriotes blessés et envoyé à Berlin pour interrogatoire. Transféré de camps de concentration en camps de prisonniers, il fut libéré lors du retrait SS sur Berlin en 1945. Il rejoignit l&rsquo;Italie et les troupes américaines après 150 km de marche à pied.</p>
<p>Le front européen ayant été consolidé, il fut envoyé à Burma pour contrer le Japon. Il n&rsquo;eut pas le temps d&rsquo;arriver que la bombe A était lancée et que la guerre se terminait. Ses paroles ? « Sans ces foutus Yankees, nous aurions encore pu continuer cette guerre pendant encore au moins 10 ans ».</p>
<p>En 1946, il apparut dans le film Ivanhoé, avant de retourner au front à Jérusalem, où lui et 12 de ses hommes sécurisèrent un convoi médical et évacuèrent plus de 700 juifs lors de massacres.</p>
<p>Instructeur martial en Australie, il se passionna pour le surf et fut le premier à s&rsquo;attaquer aux vagues de plus de cinq pieds de la Severn, une fois de retour en Grande-Bretagne.</p>
<p>En retraite, il surprenait son monde dans le train qui le ramenait chez lui chaque jour : il avait pris l&rsquo;habitude de jeter son attaché-case par la fenêtre du wagon. Il expliqua qu&rsquo;il visait chaque jour son propre jardin, car il n&rsquo;avait aucune envie de trimbaler ses affaires à pied de la gare jusque chez lui. Il y a fort à parier qu&rsquo;il se serait jeté aussi si les fenêtres avaient été assez grandes&#8230;</p>
<p>Il fut surtout connu pour cette citation : « tout officier partant au combat sans son épée n&rsquo;est pas armé de façon adéquate ».</p>
<p>Sa carrière s&rsquo;arrêta au rang de lieutenant-colonel.</p>
<p>« Mad Jack » était peut-être un fou de guerre. « Fighting Jack Churchill », avec son lot de décorations et ses faits d&rsquo;armes, était assurément un héros. Peut-être inspire-t-il certaines personnes dans nos armées contemporaines ?</p>
<p>Mais&#8230; S&rsquo;il était né en Allemagne en 1906 ? S&rsquo;il s&rsquo;était battu sous les ordres du régime nazi ? Que serait-il, à nos yeux ? Aurait-il moins le droit d&rsquo;être héroïque ?</p>
<p style="text-align: left;">Pour tous les oubliés.</p>
<p style="text-align: center;">Lieutenant-colonel John Malcolm Thorpe Fleming &laquo;&nbsp;Jack&nbsp;&raquo; Churchill<br />
(16 septembre 1906 &#8211; 8 mars 1996)<br />
<img src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/51/Jackchurchill.jpg" alt="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/51/Jackchurchill.jpg" /></p>
<p style="text-align: left;">Ah, et si vous pensez que ce genre de gars n’existe pas, (notamment parce qu&rsquo;on n&rsquo;a jamais entendu parler de lui en France),<a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Jack_Churchill" target="_blank"> jetez un œil sur la page Wiki</a>, qui résume bien sa vie.</p>
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		<title>Résistances</title>
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		<pubDate>Sat, 05 May 2012 00:26:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre Carmody</dc:creator>
				<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[Petits Riens]]></category>

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		<description><![CDATA[— Tu vois, c&#8217;est ça qui m&#8217;énerve. Toujours le délit de sale gueule. Là, j&#8217;étais qualifié, sauf pour l&#8217;expérience. J&#8217;ai failli dire à cette pute que si personne ne me donnait ma chance, je pourrais jamais avoir la putain d&#8217;expérience requise. — Mais trop, Farid. Tiens, tire sur le bédeau, ça ira mieux. — Merci, [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>— Tu vois, c&rsquo;est ça qui m&rsquo;énerve. Toujours le délit de sale gueule. Là, j&rsquo;étais qualifié, sauf pour l&rsquo;expérience. J&rsquo;ai failli dire à cette pute que si personne ne me donnait ma chance, je pourrais jamais avoir la putain d&rsquo;expérience requise.<br />
— Mais trop, Farid. Tiens, tire sur le bédeau, ça ira mieux.<br />
— Merci, gars. Tu sais, j&rsquo;ai croisé deux-trois types qui se sont fait pistonner. Mais ça m&rsquo;arrivera jamais, je crois. Je connais personne qui a un job dans cette cité moisie. À part pour les petits trafics.<br />
— Clair. « Je suis de ceux qui traînent tard, à squatter les bancs, tels le fer et l&rsquo;aimant. »<br />
— Encore du Chiens de Paille ? Mais tu changes jamais de disque ?<br />
— Et vous deux, vous changez jamais de squatt ?<br />
— &#8230;<br />
— Tonton !<br />
— Salut Farid, salut&#8230; Mohamed, c&rsquo;est ça ?<br />
— Oui, monsieur.<br />
— Monsieur ?<br />
— Euh oui, enfin, avec le costard et la mallette, tout ça, ça impressionne&#8230;<br />
— Dis tonton, je cherche du taf, là, t&rsquo;aurais pas des plans ?<br />
— Qu&rsquo;est-ce que tu veux faire ? Et qu&rsquo;est-ce que tu sais faire ?<br />
— Ch&rsquo;ais pas, m&rsquo;en fous. Un truc qui paie, comme toi.<br />
— Expert-comptable ? C&rsquo;est bac +8, et tu as arrêté les cours en première, je crois ?<br />
— Putain, on peut jamais parler avec les vieux ! Toujours ils t&rsquo;accusent d&rsquo;être un nul ! Si tu veux pas m&rsquo;aider, dégage. J&rsquo;ai besoin de personne !</p>
<p><span id="more-399"></span><br />
— Ne le prends pas comme ça&#8230;<br />
— Tu saoules à venir ici alors que tu y crèches plus, habillé comme un prince ! Tu crois que ça nous fait quoi, de savoir que t&rsquo;as réussi et pas nous ?<br />
— J&rsquo;amène du fric à ta mère.Et je montre à tout le monde que c&rsquo;est possible de gagner sa vie honnêtement, même quand tu as grandi ici. Même si c&rsquo;est pas immédiat, ça redonne de l&rsquo;espoir aux gens. Aux vieux qui ont peur pour leurs enfants, aux jeunes qui ont peur pour leur avenir.<br />
— Ah ouais ? Tu crois nous connaître, mais tu sais pas ce qui se passe ici ! Ce qu&rsquo;on endure, chaque jour. La cité, elle réclame du sang et des tripes. Qu&rsquo;est-ce que t&rsquo;as fait ici ? Rien ! Toujours dans tes études ! T&rsquo;as jamais rien fait pour tes frères.<br />
— Et vous, en trafiquant et en vous cassant la gueule entre vous, vous croyez que vous arrangez les choses ?<br />
— On fait déjà plus que toi. On a plus de couilles.<br />
— Ah. Je ne me rappelle pas que tu étais là en 1981.<br />
— Ben non, j&rsquo;étais pas né.<br />
— Alors écoute-moi bien. En 81, la cité était neuve, et beaucoup de familles blanches habitaient encore là. La moitié, environ. Et c&rsquo;était blindé de fachos : skins fafs, GUD, parti des forces nouvelles&#8230; C&rsquo;était ratonnade tous les soirs au menu. Ils avaient des flingues. On a du se serrer les coudes, vu que les flics venaient jamais. C&rsquo;est moi qui suis allé à Paris rencontrer les groupuscules de skins anti-fafs. On s&rsquo;est allié, on s&rsquo;est armé grâce à eux. Et avec nos nouveaux potes skins, on a fait trois jours de fête aux fachos. Six morts, quatre-vingt blessés. La té-ci en état de siège par la flicaille, qui s&rsquo;est radinée quand le contribuable blanc était menacé. Et on a tenu bon. Les fachos ont déménagé ensuite, pour laisser la place à des blancs moins débiles.<br />
— Ah merde.<br />
— Ouais. C&rsquo;est grâce à nous que vous pouvez squatter vos bancs tranquilles, aujourd&rsquo;hui. Alors respects à tes anciens qui ont forcé les skins fafs à vivre cachés. Bougez-vous le cul, bordel. On était terrorisés, mais on a bien réussi l&rsquo;impossible. La nouvelle génération n&rsquo;est plus raciste. Alors essaie juste de pas aller à tes entretiens en survêt&rsquo; Lacoste, petit, tu passeras déjà mieux avec une petite dose de bon sens et de respect.</p>
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		<title>Biblique</title>
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		<pubDate>Sat, 28 Apr 2012 08:40:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre Carmody</dc:creator>
				<category><![CDATA[Petits Riens]]></category>

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		<description><![CDATA[Il arriva qu&#8217;un jour Seth, le premier fils d&#8217;Adam, vint interroger son père. Il avait observé les bêtes et se posait la question de l&#8217;origine de l&#8217;homme. Alors Adam lui répondit que lui-même et Ève sa femme avaient été créés par Dieu le Père Tout-Puisant, Créateur du Ciel, des Mers et de la Terre. Adam [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Il arriva qu&rsquo;un jour Seth, le premier fils d&rsquo;Adam, vint interroger son père. Il avait observé les bêtes et se posait la question de l&rsquo;origine de l&rsquo;homme. Alors Adam lui répondit que lui-même et Ève sa femme avaient été créés par Dieu le Père Tout-Puisant, Créateur du Ciel, des Mers et de la Terre. Adam n&rsquo;avait pas d&rsquo;ancêtre à part Dieu, et c&rsquo;est ce qu&rsquo;il dit à son fils. Ce dernier comprit que son père retirait beaucoup de fierté de cela, et décida de partir en quête du créateur.</p>
<p>Adam le mit en garde contre cela : le créateur ne saurait être invoqué, et ne se manifesterait que lorsque lui-même le déciderait.</p>
<p>Seth ne l&rsquo;entendit pas ainsi : il marcha longtemps à travers les terres, appelant sans relâche le nom de son grand-père divin. Au bout de quarante jours et quarante nuits de marche ininterrompue, Dieu lui apparut au sommet d&rsquo;une montagne et lui annonça :</p>
<p>— Seth. Je t&rsquo;ai entendu et me voici.<br />
— Alors c&rsquo;est toi, Dieu mon grand-père ?<br />
— Oui, même si cela est un raccourci. Je suis le créateur de tes parents, pas leur procréateur.<br />
— Ah. Papa m&rsquo;a dit que tu es tout-puissant, omniscient, omnipotent, tout ça. C&rsquo;est vrai ?<br />
— Oui. Car cela est juste et bon.<br />
— Alors j&rsquo;ai deux questions pour toi. Je peux te les poser, papy ?<br />
— Je t&rsquo;écoute, mon enfant.<br />
— D&rsquo;une, si tu es omniscient et que tu savais que je te cherchais, pourquoi tu m&rsquo;as laissé crapahuter comme ça pendant quarante jours et quarante nuits ?<br />
— Pour la quête, voyons. Il fallait que cela soit épique. On ne me trouve pas comme ça. Je suis très occupé, tu sais ?<br />
— Papy. Il y a trois humains sur terre. Trois. Me prends pas pour une buse, tu croules pas sous les demandes. Bon, passons.<br />
— Ton autre question ?<br />
— Je voulais savoir : peux-tu créer une pierre que tu ne peux pas soulever ?<br />
— Bien entendu.<br />
— Donc, ça veut dire que tu n&rsquo;es pas omnipotent, puisque tu seras incapable de la soulever ?<br />
— &#8230;</p>
<p>Seth se retrouva soudain seul. Il sourit. Un seul paradoxe suffit parfois pour gagner la liberté de tous.</p>
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		<title>Le grand saut</title>
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		<pubDate>Sat, 24 Mar 2012 00:00:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre Carmody</dc:creator>
				<category><![CDATA[Petits Riens]]></category>

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		<description><![CDATA[— Ah dis, je t&#8217;ai même pas raconté mon enterrement de vie de garçon ! — Et t&#8217;as l&#8217;air tellement emballé que je vais même faire l&#8217;effort de t&#8217;écouter. — Rabat-joie&#8230; Ah merde ! C&#8217;est vrai que t&#8217;es de nouveau célibataire. — Ouais bon, accouche ! — D&#8217;accord, d&#8217;accord. Ils m&#8217;ont organisé un kidnapping avec [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>— Ah dis, je t&rsquo;ai même pas raconté mon enterrement de vie de garçon !<br />
— Et t&rsquo;as l&rsquo;air tellement emballé que je vais même faire l&rsquo;effort de t&rsquo;écouter.<br />
— Rabat-joie&#8230; Ah merde ! C&rsquo;est vrai que t&rsquo;es de nouveau célibataire.<br />
— Ouais bon, accouche !<br />
— D&rsquo;accord, d&rsquo;accord. Ils m&rsquo;ont organisé un kidnapping avec des cagoules, une camionnette et tout, la totale. Je croyais être dans un film ! Et tu devineras jamais la suite ?<br />
— Quoi ? Contrôle vigipirate ?<br />
— T&rsquo;es con. Non, ils m&rsquo;ont emmené faire du saut à l&rsquo;élastique.<br />
— Gé-nial. LE truc pourri.<br />
— Mais non c&rsquo;était super. On était au pont de l&rsquo;Artuby : 182 mètres de chute libre ! Les sensations étaient énormes, tu vois. Et le pire, c&rsquo;est quand ils te préparent : ils te décrivent tout, histoire que tu sois pas surpris, mais c&rsquo;est là où tu flippes, en vrai. Et après, t&rsquo;as le choix : soit tu te fais attacher le torse, soit les chevilles. Mais comme je suis un vrai, j&rsquo;ai choisi les chevilles.<br />
— Ah ? T&rsquo;es un vrai ? Un vrai quoi ? Inconscient ? C&rsquo;est dangereux, ces trucs. Moi je m&rsquo;amuse sans risquer ma peau.<br />
— Tu peux pas en parler si t&rsquo;as pas essayé.<br />
— C&rsquo;est vrai, mais tu vois, je suis né à cause d&rsquo;une rupture de caoutchouc. Et j&rsquo;imagine pas tellement crever pour la même raison stupide&#8230;</p>
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		<title>Réseau asocial</title>
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		<pubDate>Sat, 17 Mar 2012 12:38:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre Carmody</dc:creator>
				<category><![CDATA[Coup de sang]]></category>
		<category><![CDATA[Petits Riens]]></category>

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		<description><![CDATA[Je ne suis pas un type bien. Mes amis ont l&#8217;air de croire l&#8217;inverse. Le fait que je n&#8217;essaye pas de les persuader du contraire tendrait d&#8217;ailleurs à prouver ce fait. Il faut bien que je l&#8217;avoue à quelqu&#8217;un : je n&#8217;aime pas les gens. Voilà. C&#8217;est fait. C&#8217;est bête, mais je ne me sens [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Je ne suis pas un type bien. Mes amis ont l&rsquo;air de croire l&rsquo;inverse. Le fait que je n&rsquo;essaye pas de les persuader du contraire tendrait d&rsquo;ailleurs à prouver ce fait. Il faut bien que je l&rsquo;avoue à quelqu&rsquo;un : je n&rsquo;aime pas les gens. Voilà. C&rsquo;est fait.</p>
<p>C&rsquo;est bête, mais je ne me sens même pas mieux. Aucun soulagement, le problème n&rsquo;a pas disparu à son énonciation. Et en plus, maintenant, je passe pour un misanthrope. Ce que je suis finalement loin d&rsquo;être, puisque je suis assez bien entouré dans la vie.</p>
<p>À force d&rsquo;apprendre à connaître des gens (de tous horizons), j&rsquo;ai commencé à rationaliser plusieurs typologies comportementales, déclinées en plusieurs attitudes, actions ou inactions possibles. Je ne suis pas psy et je ne vais pas vous vendre une méthode, rassurez-vous. Cette simplification n&rsquo;a jamais été infaillible, mais la vérité n&rsquo;était pas si souvent ailleurs. Et maintenant que j&rsquo;ai rencontré nombre d&rsquo;amis, de crétins, de clients, de connards, de gens biens&#8230; Voilà que, à chaque nouvelle rencontre, je ne peux m&rsquo;empêcher de penser à quelqu&rsquo;un que je connais déjà (cet individu représentant souvent la variation la plus marquante d&rsquo;un comportement donné).</p>
<p><span id="more-382"></span></p>
<p>Depuis quelque temps, je rencontre des « copies de… ». Outre l&rsquo;intérêt indéniable pour la mémétique (cf <a href="http://www.carmody.fr/?p=138" target="_blank">cet article</a>), les thèses confortant la manipulation médiatique et l&rsquo;universalisme de la mondialisation, j&rsquo;avoue que ça m&rsquo;ennuie.</p>
<p>L&rsquo;impression d&rsquo;avoir déjà rencontré un type de personnes me pousse à me dire : « Et ? C&rsquo;est tout ? ». Je croyais que l&rsquo;humain était plus complexe, plus original, et un peu plus intéressant. Je suis déçu. Alors je m&rsquo;interroge. L&rsquo;être humain se protège-t-il lors de toutes ses nouvelles rencontres ? Garde-t-il toujours sur lui un fard de normalité, un masque de prévisibilité, une perruque de lieux communs ? Si oui, alors il n&rsquo;a pas de bol, car je ne l&rsquo;aimerai pas, le trouverai sans saveur, peut-être même le traiterai-je de ramolli du bulbe à l&rsquo;encéphalogramme aussi plat que la Flandre. C&rsquo;est dire si je suis méchant&#8230; Plus sûrement m&rsquo;en irai-je dépité, après avoir essayé de creuser ce vernis de super-normalité, ce dégueulis rythmique de pensées fades.</p>
<p>Le pire pour moi sont les lieux publics : supermarchés, endroits à la mode, stades (vous ne m&rsquo;y verrez jamais), concerts. Je me rappelle d&rsquo;une citation attribuée à François Rollin : « Le quotient intellectuel d&rsquo;un groupe est égal au quotient intellectuel de la personne la moins intelligente du groupe, divisé par le nombre de membres du groupe ». Au-delà de trois personnes, on perd donc beaucoup en qualité. D&rsquo;où mon besoin vital d&rsquo;éviter les gens, afin de ne pas atteindre le niveau de réflexion d&rsquo;une truite lobotomisée.</p>
<p>Je me laisse cependant aller certaines fois vers une certaine déliquescence intellectuelle. Nous ne sommes après tout qu&rsquo;humains, et favorisons souvent la voie la plus facile. À cause de l&rsquo;alcool (ou de la belle poitrine de ma voisine d&rsquo;en face, parfois), il peut m&rsquo;arriver de discuter avec des inconnus. Mais bordel, qu&rsquo;est-ce que je le vis mal ! Un peu comme quand on a entamé un régime draconien et qu&rsquo;on finit sans s&rsquo;en rendre compte le gâteau au chocolat. Le pire est quand cette culpabilité arrive en direct, avec effet gueule de bois immédiat, doublée de l&rsquo;irrépressible envie de gifler la ou les personnes qui vous ont acculé à de telles platitudes.</p>
<p>Mais qu&rsquo;on ne se méprenne pas, je ne tends pas au snobisme. Je cherche l&rsquo;originalité, l&rsquo;indépendance de la pensée. Pas forcément de la voltige philosophique mais quelque chose de réel ; j&rsquo;aurais par exemple plus de respect pour un fasciste convaincu capable d&rsquo;argumenter, que pour un énième écolo mainstream et hipster. Mais lorsque je tombe sur deux individus raisonnant pareil, tout en ayant subi des parcours de pensée différents, je jubile ! Mais les longueurs d&rsquo;ondes identiques restent rares dans ce monde qui communique trop, et sur tout.</p>
<p>Et quant à ceux que je supporte avec joie, qui font partie de mon entourage, et que je suis à chaque fois ravi de revoir&#8230; Je ne sais pas si c&rsquo;est parce qu&rsquo;ils sont si spéciaux que je les aime, ou si c&rsquo;est parce que je les aime qu&rsquo;ils sont si formidables, en tous cas à mes yeux.</p>
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