Et tous nos vœux…

22 décembre 2011

Ce message s’adresse à tous ceux qui m’ont souhaité leurs vœux pour l’année 2011, qui s’achèvera dans quelques jours.

Vous m’avez souhaité plein d’argent, la fortune, le bonheur et la réussite. C’était très gentil de votre part.

Néanmoins, je suis au regret de vous informer que rien de tout cela n’a fonctionné, et que j’entamerai 2012 dans la même situation approximative que 2011.

Ne désirant pas réitérer ce même message l’an prochain, j’ai une solution simple pour que vos bons vœux fonctionnent, cette fois :

Cette année, envoyez directement vos chèques à mon adresse postale, ou vos virements sur mon RIB, disponibles sur simple demande. J’accepte également les espèces remis en mains propres.

Merci d’avance.

Et pour les autres, meilleurs vœux à tous. Passez d’excellentes fêtes quand même !

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Comme à la télé

3 septembre 2011

— Voilà votre café, monsieur.
— Bien. Pars pas tout de suite, coco ; il faut que je te parle. Tu le sens comment, ce stage ?
— Euh… Bien, très bien…
— Non, mais sérieusement… J’ai envie que tu me parles franchement.
— Et bien… Hum. Dix-huit mois de stage , renouvelés trois fois le jour de la fin de ma convention, payés trois cent euros le mois, sans même l’espoir d’un pauvre CDD, j’avoue que c’est un peu dur, là…
— Et voilààà ! Yesss ! Hahaha, j’ai gagné !
— Quoi ? Qu’est-ce qu…
— Non, rien, j’ai gagné un pari avec le DRH. Mille euros que je te poussais à te plaindre ! Gagné !

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In Memoriam Magister

4 juin 2011

Non, vraiment, c’était trop. Impensable, impossible. Il devait s’élever et montrer sa détermination face à toutes ces absurdités, ces injustices. Ces violences.

Bouillant de rage, il se dirigea vers son armoire et empoigna ses armes. Elles étaient lourdes, robustes, fiables. Elles ne l’avaient jamais laissé tomber. Elles le serviraient bien, une nouvelle fois.

Il ouvrit son dressing et enfila sa combinaison de latex. Il avait vieilli, et l’âge l’avait gâté. Malgré ses kilos superflus et son manque d’entraînement, il réussit à rentrer sans trop de peine dans son costume gris et bleu. Il baissa le regard sur son torse, plus flasque qu’à l’époque, et soupira. Les deux lettres « SC » ornaient toujours aussi fièrement son armure. Il hésita. Que n’avait-il donc provoqué par le passé ? Oserait-il une nouvelle fois rendre justice ? À son âge ? Oui. Il n’y avait personne d’autre. Le devoir auquel il s’astreignait était si grand que le sacrifice lui parut insignifiant.

Il rangea ses armes dans sa fidèle mallette de cuir brun, qui en avait tant vu, et enfourcha sa bicyclette noire, elle aussi marquée à ses initiales. Il réprima une douleur dans sa cuisse gauche. Il était vieux, il le sentait maintenant d’autant plus. Arriverait-il au lieu du rassemblement ?

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Le Grand Pardon

7 mai 2011

Je pardonne à ma grand-mère de ne pas se rappeler de moi.

Je pardonne aux stagiaires de tout savoir par avance.

Je pardonne à mon ancien PDG de m’avoir fait travailler tout un été sur le budget 2009 pour finalement me pousser vers la porte une fois la crise confirmée.

Je pardonne à ma voisine de miauler trop fort en écoutant du Mariah Carey à fond les ballons.

Je pardonne à mon vieil entraîneur de basket de m’avoir fait jouer remplaçant jusqu’à ce qu’il n’y ait plus assez de titulaires.

Je pardonne à décembre la puanteur du vin chaud.

Je pardonne aux politicards leur course effrénée pour le pouvoir.

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Ego-trip(e)s

30 avril 2011

Les mots viennent du fond des âges. Je n’en suis pas le dépositaire, mais l’humble véhicule.

Tous ces mots proviennent des innombrables décombres de larmes humaines, du tréfonds des âmes jonchant les chemins de l’Histoire. Je foule toutes ces terres d’où coulent les rêves, pères de tant d’œuvres verbales, orales et scripturales. J’en goûte tout le miel, supporte son acidité, grimace devant tant d’intimité, et traverse ce dédale. Quelles sont les lois de ce monde imaginé ? Peuvent-elles seulement être fixées ?
Les heures s’effacent devant ma feuille encore immaculée, et soudain, surpris, je vois les mots qui s’étalent devant moi.
La prose est là. Magique, miraculeuse, elle n’en reste pas moins hasardeuse.
Tous ceux qui me reprochent de trouver sans chercher ignorent combien je cherche sans trouver.

Colossal, l’ensemble de ce qui m’inspire est un pacte. Tout l’héritage qui me dirige fait de moi un soldat, un apôtre supplicié, un héritier de lois forgées par mes pairs, du code moral de l’écriture je deviens un humble dépositaire. J’offre aux masses hermétiques à mes propos ma vérité scripturale, afin que ces pages portent très loin au large l’aura de ces phrases. Pour qu’elle ne soit jamais l’otage d’un seul propos, pour qu’elle devienne autre chose qu’une voix en cage.

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Temps de pause

20 mars 2011

Ce blog n’est pas abandonné, ce n’est que faute de temps que je ne repasse plus ici.

J’ai achevé il y a peu le manuscrit d’Éviradnus, un projet qui me poursuit depuis près de trois ans sous ses différentes formes (court-métrage, nouvelle, roman).

J’y ai donc enfin mis un point final et suis en pleine relecture du projet. Si vous ne me voyez pas par ici pendant encore quelques semaines, tout est normal.

Et parce que je n’aime pas parler pour ne rien dire, je vous présente donc l’Éviradnus tel que l’a vu Victor Hugo :

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Devoir de mémoire

26 février 2011

En repassant il y a quelque temps devant une stèle bavaroise à Reichshoffen (bataille quelque peu méconnue aujourd’hui), je me suis rappelé qu’à l’échelle de l’histoire, tous les héros du passé sont morts inutilement.

Trois fois par an, lors des armistices et de la fête nationale, nous pensons (avec dédain ou émotion, selon les cas) à tous ceux qui sont tombés pour que nous puissions jouir de notre confort et de notre liberté actuels. Des héros, tous, morts pour la patrie. Tombés avec vaillance au champ d’honneur.

Une maigre rente pour les familles, et pour celles-ci, un manque aussi béant qu’une fosse commune. D’ailleurs, ces héros en furent-ils vraiment ? Combien d’entre eux moururent-ils réellement en sauvant leurs camarades, tenant avec panache une ligne ou une position ? Et combien furent finalement pulvérisés par un mortier, une grenade, bêtement terrassés par une balle perdue, comprimés dans un naufrage ou gelés par un hiver terrible, sans pouvoir courageusement affronter l’inexorable approche de la faucheuse ?

Mise à part la propagande nationale bombant le torse médaillé des défunts, il reste le problème de la considération héroïque du guerrier. Les deux dernières guerres que nous célébrons annuellement ne virent qu’un immense défilé d’appelés, de conscrits mal entraînés et équipés, défendant une cause nationale d’un côté, et un territoire envahi de l’autre. Embrigadés dans ce tourbillon de violences, ils y moururent par millions. Nous les qualifions alors de héros car ils donnèrent leur vie pour leur pays, mais ne furent-ils pas plutôt des martyrs ? Problème de lexique.

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Législation globale

19 février 2011

Chambre presque obscure ; le vent dans l’arbre à côté de la fenêtre fait bouger les ombres de la pièce. Il en est conscient alors qu’il garde les yeux fermés. Se retourne sur le dos. Sent un courant d’air sur sa joue. Ouvre un œil. Puis les deux dans un mouvement de panique. Il veut se relever mais une force incroyable le maintient allongé sur le matelas. Il n’arrive pas à respirer. Cette silhouette… Cette terreur…

La forme encapuchonnée de noir se tenant à côté de son lit n’a toujours pas bougé. Il se demande s’il rêve, s’il hallucine. Il ne se rappelle pas avoir pris d’alcool ou de drogue la veille. Le tissu de la forme en noire semble couler, ou bruisser. Il se force à cligner des yeux : non, il ou elle n’a pas bougé. Il tente de fixer l’intérieur de la capuche mais ne ressent soudain qu’un vide immense, discernant à peine un noir d’une obscurité encore plus profonde, si cela fut seulement possible. Il aimerait se retourner et fuir l’horreur de cette vision. Mais son énergie entière n’y suffit pas. Il est condamné à la regarder sans pouvoir rien faire. Il se rend compte qu’elle le nargue. Sa seule présence lui fait réfléchir à ce qu’il aurait dû faire de sa vie ; il aurait préféré ne pas être seul dans son lit, être rassuré par un enfant qui aurait eu son sang, aurait véhiculé quelques traits de son visage vers les générations futures. Il regrette cette fille qui aurait pu devenir la femme de sa vie, mais dont il n’a pas voulu, car trop d’options s’ouvraient encore devant lui.

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Watchman

12 février 2011

Les lumières s’éteignent. Seuls les instruments réfléchissent leurs chromes dans l’obscurité. Il n’a pas besoin de se retourner pour le savoir, il était présent à toutes les répétitions. Il soupire en entendant les premiers hurlements impatients de la foule. Ce soir, elle est déchaînée, une vraie marée humaine. Des types bourrés essaieront sûrement de monter sur scène et de toucher la jolie bassiste. Des collègues l’avaient prévenu, c’était arrivé dans d’autres villes. Pas avec lui ; il ne laisserait rien passer. D’un autre côté, il comprenait ces hormones sur pattes : malgré ses quarante piges, il n’aurait pas craché sur cette petite blonde encombrée par cette basse qui semblait trop lourde pour elle. Les autres membres du groupe étaient plus barbus, plus chevelus, finalement plus communs. Ce soir, du rock. Demain, un récital classique. Après-demain, du jazz.

Peu importe le style, il n’a jamais rien laissé passer. Ni slam, ni pogo, ni gens bourrés. Pas de baston, jamais. En cas de grabuge, il frappe vite et fort : localiser le lieu où ça chie, enserrer la personne concernée, l’extraire de la foule, l’isoler. Si nécessaire, recommencer jusqu’à ce que ça se calme. Refiler les gens trop bourrés ou incontrôlables aux flics ou aux pompiers. Pas de grabuge, pas de coup, même dans le feutré. Il veille. Il surveille, du haut de ses deux mètres de muscles. Il protège le public, de lui-même et des autres. C’est son travail. Il veille. Et il aime ça, parce qu’il voit passer plein de groupes, plein de styles.

Il a croisé des gens biens comme des connards, des petits groupes qui se la pètent, des stars humbles, et l’inverse. Surtout l’inverse, en fait. Il n’est pas blasé ; il a même encore la forme, pour son âge, là où de nombreux collègues se sont ou ont été « recyclés ». Ces dernières années, il a par contre eu de plus en plus de mal à se connecter au public. Quelque chose a changé. En plus facile pour lui, en plus triste pour les artistes. L’équation avait pourtant toujours été simple. Les artistes font leur boulot : ils jouent et essaient de mettre le feu. Lui aussi fait son taf : il protège les artistes et le public. C’est ce dernier qui a changé.

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Cul-mul des mandats

29 janvier 2011

« J’en ai marre, j’en peux plus, tu sais ? »

« Mais… Quoi, pourquoi ? »

« Je… Attends… »

« … »

« Et deux verres de blanc pour la 12 ! »

« Merci… Bon, tchin, quand même ? »

« Je rigole pas. Il faut qu’on arrête de se voir. »

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Abonné absent

18 décembre 2010

Bonjour à tous ceux qui passeront dans ces pages.

Ce blog est en pause jusqu’à début ou mi-janvier 2011, pour cause de travail intensif sur mon second roman.

J’espère vous revenir sans indigestion ni gueule de bois, et avec plein de nouvelles idées.

Passez d’excellentes fêtes (pour ceux que ça amuse), bonne survie (pour les autres), et à bientôt !

Pierre Carmody

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2004. Banlieue de Tijuana.

11 décembre 2010

Je vidais quelques verres de téquila dans un rade mal fréquenté avec l’ami qui m’hébergeait.
Le barman fixa un nouvel arrivant, qui venait de garer son imposante Harley-Davidson devant l’entrée. Visiblement, le type n’était pas le bienvenu. Personne n’osa cependant le lui dire : ses deux mètres, ses bras énormes et son corps d’athlète transpiraient la puissance. Sa barbe drue et son regard impassible le faisaient ressembler à un tueur de passage.

Les nombreux tatouages sur son corps et sa veste en cuir indiquaient clairement son appartenance à un gang. Au vu des regards hostiles de l’assistance, l’arrivant était hors de son territoire. Le barman agrippa fébrilement son téléphone portable.
Chacun observa nerveusement l’inconnu descendre une bière d’un trait et commander la suivante.

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La morsure

4 décembre 2010

Obscurité totale. Crispation inutile. J’ouvre un œil. Difficilement. Sous la paupière, la sécheresse m’arrache un cri, mais ma mâchoire ne bouge pas. La lumière blanche m’aveugle. Trop de néons. L’autre œil suit, pareil que pour le premier. Je vois les perfusions au-dessus de moi. Un truc flou sort de ma bouche. Je me concentre : d’accord, je suis intubé.
Je ne comprends pas. Le choc est total, même si je ne sens rien. Si. Ma nuque. Un aplatissement, un carnage. Il faut que je me lève pour… Bon. Je me ravise sagement : je bougerai la tête plus tard. Demain, peut-être.
Aucun souvenir. Aucune idée de comment je suis arrivé là. Il faut que je me rappelle. Je me concentre. Des lumières. Bleues.

Des véhicules. Pompiers, gendarmes, ambulanciers. Il fait nuit. Je suis hissé sur un autre brancard. Un des brancardiers vire au vert, il panique. Ah non, il vomit, en fait. Il se retourne au dernier moment, est soutenu par un pompier. Bleusaille. Je reste rêveur, c’est pas un métier facile. Ça doit bien rentrer, à un moment ou un autre. On s’habitue à tout, finalement. Je ne réfléchis pas au pourquoi de la réaction du jeune. Je m’en fous, je suis bien. Le brancard est glissé dans l’ambulance, je flotte. Les lumières se tamisent. Ne restent plus que les néons rouges.

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L’Art du Guerrier

27 novembre 2010

« J’ai peur. »

« Pour qui ? »

« Pour… Personne en particulier. Nous tous, en fait. »

« Donc… Peur pour toi. C’est ça ? »

« … Oui. De mourir. »

« Qu’est-ce qui t’effraie dans la mort ? »

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Au Bistrot…

20 novembre 2010

« Comment va la vie ? »

« Mh. Moyen. Et toi ? »

« Beaucoup trop de boulot. Comme d’habitude, tu me diras. Mais là, c’est pire. Ils font vraiment n’importe quoi, tu sais ?! »

« À qui la faute ? Depuis que le Boss s’est tiré, c’est un vrai merdier, ils veulent tout, tout de suite. Je croule sous les demandes, j’ai la tête sous l’eau. »

« Ouais, avant, ils savaient ce qu’il leur en coûtait de venir te voir pour un marché. Y’a plus de respect, vraiment. »

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Qui, moi ?

13 novembre 2010

Détournons un peu de Bernard Werber, il le mérite :

Entre
Qui je suis,
Qui je veux être,
Qui je crois être,
Comment je me vois parmi vous,
Ce que vous avez envie que je sois,
Ce que je représente pour vous,
Comment vous me voyez
Quand je m’éloigne de ce que vous croyez être moi et
Qui je suis finalement pour vous…

Il y a au moins huit possibilités de finir névrosé.

Mais nous allons essayer de vivre en société quand même…

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Management martial

6 novembre 2010

« Bonjour Lodomar. Bon, j’espère que t’es dispo, j’ai deux-trois trucs sur lesquels il faut que je te briefe. »

« Euh, oui ? »

« Mon N+2 vient de m’envoyer une rafale dans les dents. Mais ils foutent quoi, tes petits soldats ? Sérieux, le projet devait être rendu la semaine dernière. Je vais les coller en corvée de latrines, moi, tu vas voir. »

« Ben on s’est fait attaquer par les appros, les délais n’étaient pas tenables, qu’il nous ont dit. »

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Dance Dance Évolution

30 octobre 2010

Il ouvrit les yeux. L’obscurité l’avait reposé, mais les flashes et les lasers verts recommencèrent à lui égratigner les rétines. Par ennui, il posa les yeux sur les fesses moulées qui se dandinaient devant lui. Larges, flasques ou musclées, peu importait. Les vibrations hypnotiques de la chair lui rappelèrent que ces appendices étaient accrochés à de véritables personnes.
Il regarda d’un œil morne ces filles transpirant, se trémoussant maladroitement sur des rythmes remixés cent fois, se foulant parfois une cheville en trébuchant du haut de leurs talons.
Elles devaient être humaines, en dehors d’une boîte de nuit. Mais ici, leurs cheveux plaqués à elles comme des serpillères humides, leur raideur, l’étalage de leur physiques, les faisaient ressembler à de vulgaires balais. Il pensa que même la plus jolie des filles de la planète ne résisterait pas à l’épreuve du dance-floor industriel : au bout de quelques minutes, n’importe laquelle ressemblerait à une souillon en rut.

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Grisages 5

23 octobre 2010

Ils disent dans mon dos que je suis un bourrin, un ours. Ha !
Ils croient être discrets, mais je sens leurs regards méprisants, j’entends parfois leurs chuchotements dans mon dos. Tout ça parce que je ne parle pas. Qu’est-ce qu’ils croient ? Que je vais leur raconter ma vie pour un cornet de marrons à 2 euros ?

Ça fait quarante ans que je suis derrière cette espèce de locomotive brune, quarante ans que je me prends cette saloperie de gaz carbonique et d’acétylène dans le pif, quarante ans d’engelures, aussi. Avec un boulot pareil, vous auriez envie d’être joyeux, vous ?

« J’espère que vous me servirez mieux que la dernière fois. J’avais trouvé trois marrons pourris dans mon cornet. »
Comme s’il n’y avait pas toujours trois marrons pourris dans le lot !

« J’en voudrais des gros, bien farineux ! »
C’est ça. Et l’autre en voudra des petits, bien croustillants. Il fut un temps, j’essayais de contenter tout le monde. Plus la force.

Je ne prends plus que des moyens, ni trop durs, ni trop mous. Ça fait moins de pertes.

C’est pas moi, hein, c’est la clientèle qui m’a poussé à faire ça, à force de me demander des trucs débiles. Et ouais… Pour avoir la paix dans son boulot, on est souvent amené à faire de la merde.

[Librement inspiré d'une partie de la nouvelle "Heissi Marrone", de Germain Müller]

L’Assise

16 octobre 2010

Elle est assise là, perdue au fond d’un grand fauteuil en cuir, un livre ouvert sur ses genoux, le regard perdu sur les photos de son enfance qui ornent le mur de la chambre où elle vécut les premiers pas de sa vie. Il y a si longtemps. Elle se rappelle avec nostalgie cette jeunesse dorée où elle était adulée, tel un cadeau du ciel, tel un véritable miracle. La famille et leurs amis ne tarissaient pas d’éloges sur cette si mignonne petite fille, vraiment dégourdie pour son âge. Elle ne sait pas pourquoi elle utilise le passé, puisque ces bourrasques de compliments sont encore d’actualité. Mais quelque chose, depuis, s’est brisé : l’émerveillement des autres a laissé la place à l’ennui, au dégoût, voire à l’envie.

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Left 2 Die

9 octobre 2010

« Et ensuite ? »

« Je suis sorti de chez moi, il y avait un truc bizarre. Il faisait nuit noire, pourtant il y avait plein de gens dehors. Je me suis approché d’un lampadaire. Mais mon pied a buté sur quelque chose. Il y avait des cadavres au sol. Têtes écrasées. Membres arrachés. Gorges tranchées. Vraiment du sale boulot.  Alors j’ai voulu chercher de l’aide auprès des gens qui se tenaient là-bas. Je me suis rendu compte qu’ils étaient tous vieux, du genre grabataire en fin de vie. Il y en avait plein en chaises roulantes, d’autres en béquilles, en déambulateurs. La plupart bavait. Je parlais, mais personne ne me répondait. »

« Je vois. Comment avez-vous réagi ensuite ? »

« Et ben j’ai voulu les secouer, pour qu’ils m’aident. Mais c’est là que j’ai senti l’odeur de décomposition. En les touchant, j’ai senti leur peau froide et molle. Et j’ai compris qu’ils étaient tous morts. »

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Diamond Ball

2 octobre 2010

« Bonsoir et bienvenue sur GoldTV pour notre retransmission multi-médias en direct du championnat du monde de Diamond Ball. Vous l’attendiez tous, et voilà mon collègue et néanmoins ami, David. Bonsoir, David. »

« Merci et bonsoir, David. Oui, comme vous le disiez à l’instant, ce soir, grosse pression. Le CAC40 joue contre Wall Street. Les paris vont bon train et pourraient influencer les cours des bourses américaines et européennes pour les prochaines semaines ! Beaucoup d’enjeu, donc. »

« Tout à fait, mon cher David, d’autant que les sponsors se sont surpassés pour rendre cette manifestation sportive toujours plus attrayante pour nos spectateurs. Aujourd’hui, Boeing a mis dans la loterie des gagnants un hélicoptère AH-64D Apache. Bien sûr, comme vous le savez, ce jeu n’est ouvert qu’aux membres du MEDEF. »

« Oui, ne perdez pas votre carte d’adhérent, vous aurez peut-être le bon numéro. »

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Pause

25 septembre 2010

Il n’y aura pas de note cette semaine (bon, de fait, si, puisque vous lisez ceci à cet instant précis).

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L’Enquête 2

18 septembre 2010

[Suite de l'épisode précédent]

Deux heures plus tard, les deux membres de la Garde Blanche étaient de retour à leur quartier général. L’Ork semblait satisfait, l’elfe un peu plus joyeux que lors de sa première arrivée. Le capitaine sourit à la vue de Taelhien et lui dit :
« N’est-ce pas, que c’est amusant, d’interroger dans les tavernes ? »
« Oh oui, capitaine Brorg, les langues se délient toujours, avec un peu d’alcool dessus. »
«
J’espère juste que la tienne a su se tenir. »

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L’Enquête 1

11 septembre 2010

La pluie tombait en abondance sur le pavé gris des rues du Berceau. Un après-midi à ne pas traîner dehors, tant le ciel était plombé de nuages qui n’annonçaient pas de sitôt une potentielle accalmie. Des chats, impassibles gardiens paresseusement couchés sous des abris de fortune, observaient les rares passants.

L’elfe encapuchonné qui trottinait vaguement entre les gouttes savait bien que son métier, lui, n’attendait pas. Il avait choisi un métier qui ne s’arrêterait jamais vraiment : peu importe l’heure du jour ou de la nuit, peu importe le temps qu’il faisait, il se devait d’être présent. En remontant une ruelle vide, il entr’aperçut à l’intérieur d’une taverne un groupe de maçons, dont certains vivaient dans son voisinage. L’espace d’un instant, il s’avoua qu’il aurait peut-être préféré, aujourd’hui, être parmi eux : finissant plus tôt leur journée de travail à cause des intempéries, se rinçant le gosier à l’aide d’une bière brune fraîche, entourés d’amis qui ne se méfiaient pas d’eux… Ils étaient chanceux d’être là et l’elfe, toujours plus morose, se demanda s’ils en étaient conscients. Perdu dans ses pensées, il ne remarqua même pas qu’il avait dépassé sa destination de presque cent mètres.

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Des racines…

4 septembre 2010

Je ne suis pas Rom. Oh, non, Alsacien avant tout, bien sûr. Ces considérations sont loin de celles de l’état français, qui ne reconnaît aucune minorité, fut-elle régionale. L’état ne fait pas grand cas de la culture d’origine, même constitutive de l’identité globale.
Si l’on creuse un peu du côté de ma mère, j’appartiens à une caste d’anciens intouchables, qui ont quitté l’Asie il y a des dizaines de siècles pour s’établir dans le bassin rhénan, de la Suisse à la Hollande, où mon patronyme y ferait tressaillir n’importe qui connaissant un peu son histoire locale.

Remetter. Une famille bien connue dans la région. Certes à cause de François, ce grand-oncle fondu, gardien de l’équipe de France entre 1953 et 1959. Mais surtout parce que nous sommes les « Yenner ». Ou « Ienischi », ou « Mānischi ». On distingue mieux cette incompréhension à notre égard : difficilement définissables, nous possédons beaucoup de noms.

Ma famille est crainte dans ma région, pour ses coups d’éclat, ses coups de sang rageurs ne laissant personne indemne. Pour sa capacité à manier la serpette (le fameux « Sāghum »), ses insultes bien senties, son argot cryptique, ses belles femmes et leurs frères susceptibles, cette proximité clanique qui réchauffe les habitudes teutonnes de la région. Souvent considérés comme des sauvages, les membres de ma famille montrent du cœur lorsque les autres tournent le dos aux pauvres, aux exclus, aux démunis.

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Mème pas peur…

28 août 2010

And now for something completely different.

C’est étrange comme, à chaque fois que je prononce cette phrase, tous ceux qui ont vu au moins une fois le Flying Circus des Monty Pythons voient dans leur tête les six trublions avancer les pires atrocités sans sourciller. Parmi tous les fanatiques des Pythons, cette phrase amène toujours le souvenir d’un sketch particulièrement apprécié. Est-ce dû à un lien de causalité génial purement narratif ? Est-ce parce que c’est tellement absurde ? Pourquoi cette phrase nous a-t-elle tant marqués ?

L’absurdité artistique et l’humour ravageur peuvent en partie expliquer la mémorisation, mais c’est davantage la puissance évocatrice de cette phrase, comme la légende bâtie par les Pythons, qui ont rendu cette phrase mythique.

Mythique… On ne parle plus guère de mythologie, en ce moment. Ce sont des vieux trucs qui parlent aux grecs, aux nordiques et aux égyptiens, n’est-ce pas ? Cela n’a plus aucun sens, aujourd’hui.

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Fouilles 2

21 août 2010

Un énorme sound-system sur l’épaule, les deux noirs avançaient vers la lumière. Ils observèrent pendant quelques instants les câbles et les spots abandonnés qui jonchaient le sol. Haussant les épaules, le plus grand des deux tripota son baggy et dit :

« Bon, de quoi on causait, déjà ? »

« La psychologie, mec ! »

« Ah ouais, vrai. Mais je capte pas pourquoi tu me dis que c’est un totalitarisme. »

« Ben mate, mec : dans le hood, il sont quelques dizaines de docs, oui ? Et quand l’un de nous part en vrille et finit en thérapie, le doc dit que ça marche une fois sur deux. Quand ça foire, il dit qu’il n’y a pas assez de psys et qu’ils n’ont pas assez de temps pour tous les patients. Ils disent que le noir matraque le cerveau de tout le monde. »

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Fouilles 1

14 août 2010

« Bienvenue à tous dans notre émission, dans laquelle nous allons aujourd’hui vous mener au cœur d’un sanctuaire vieux de plus de deux siècles. Ce haut-lieu de l’art antique a été découvert par hasard pendant les travaux d’agrandissement du troisième sous-sol du Sony Community Center du quartier d’affaires de Brooklyn ! Pour en parler, nous avons avec nous ce soir un éminent archéologue, le Professeur Gomez. »

« Bonsoir, Harry. Je suis ravi d’avoir été invité dans votre émission. »

« Merci beaucoup, Professeur. Alors dites-moi, pensiez-vous trouver ici une telle mine d’informations, au beau milieu du quartier de Brooklyn ? »

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Actus du jeu de rôle

12 août 2010

Je me permets de vous signaler que votre humble serviteur a collaboré à la résurrection de l’antique magazine de jeu de rôle Casus Belli (dont vous pouvez admirer la couverture et vous abonner par ici).

Ma participation (dans les tuyaux depuis huit mois) s’est déroulée sous mon nom civil, et on me prête une rubrique (PJ Only) à partir du numéro 2, pour y faire un peu ce que je veux. Et ça me fait plaisir. Le magazine est mensuel, le numéro 2 paraîtra début septembre.

Dans la même veine, l’association Medieval Studio organise une convention de jeu de rôle les 24 et 25 septembre 2010 à Strasbourg, lors de laquelle j’interviendrai pour deux conférences sur les origines du JdR, sur la théorie de création, et le LNS. Pour plus d’informations, visitez le site de l’association, bientôt à jour.

Vous avez maintenant le droit de reprendre une activité normale et de vous repointer samedi dans ces lignes, pour la suite de mes notes.

Pierre

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